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Rita Maria Zniber se mesure aux géants du vin

Rita_Maria_ZniberNommée en avril PDG du marocain Diana Holding, l’épouse du « seigneur des tonneaux » n’a pas perdu de temps. Son groupe vient de devenir l’actionnaire de référence du français Belvédère.

L’annonce a créé la surprise : le groupe français de spiritueux Belvédère vient de passer sous pavillon marocain. Profitant d’une bataille qui opposait les créanciers de la société et ses dirigeants, Diana Holding s’est invité dans le tour de table – très éclaté – du producteur de la célèbre liqueur Marie Brizard et a franchi, en septembre, le seuil des 5 % du capital de la maison française cotée à l’Euronext Paris, puis celui des 10 %. Avant de devenir son actionnaire de référence, avec 13,14 % des parts.
Ces nombreuses actions lui ont coûté quelque 30 millions d’euros. Pas trop cher payé pour un groupe qui, certes, a été au bord de la banqueroute ces cinq dernières années, mais qui a vu sa situation se redresser : en 2013, Belvédère a enregistré un bénéfice net de 190 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 859 millions d’euros, soit trois fois plus que ce que génère l’entreprise marocaine.

Derrière ce rachat inattendu, une femme : Rita Maria Zniber, 58 ans, PDG de Diana Holding depuis à peine six mois. « L’entrée dans le capital de Belvédère est mon premier fait d’armes dans le groupe. Mais ce n’est qu’un début », promet la patronne du premier vigneron du royaume chérifien. « Nous allons continuer d’acheter le titre en Bourse pour renforcer notre position d’actionnaire de référence. L’objectif est de créer le maximum de synergies avec Belvédère, notamment dans la partie vins, où nous disposons d’un grand savoir-faire. »

Ramifications

Nommée en avril, Rita Maria Zniber veut faire du groupe fondé par son mari, Brahim Zniber (aujourd’hui à la retraite), un acteur mondial de la production de vins et de spiritueux, coeur de métier du groupe marocain. « Belvédère représente le premier pas vers l’internationalisation du groupe. Nous préparons d’autres opérations de croissance externe, notamment en Afrique », affirme-t-elle depuis sa chambre de l’hôtel Bedford, à Paris, où elle est venue assister au premier conseil d’administration de la société française.

Diana Holding fait partie des plus grands groupes privés du royaume, avec un chiffre d’affaires de 3 milliards de dirhams (près de 270 millions d’euros) et plus de 6 500 employés. Dans l’agro-industrie, ses ramifications s’étendent de la viticulture au négoce et à la distribution, en passant par l’oléiculture et l’aviculture. Avec ses quatorze filiales totalement intégrées, il exploite pas moins de 8 300 hectares de terres agricoles. Et ses produits, ses vins en particulier, s’exportent un peu partout dans le monde : en Europe, aux États-Unis, au Japon, en Chine… Un empire édifié depuis 1956 par celui qu’on appelle au Maroc le « seigneur des tonneaux ».

Encore inconnue dans le monde des affaires il y a quelques mois, Rita Maria Zniber avait jusque-là d’autres occupations, très loin, des vignes et des usines d’embouteillage. Mariée à 17 ans, elle s’occupait de sa tribu, qui compte pas moins de… vingt enfants. « Être mère d’une famille aussi nombreuse n’est pas facile. C’est très prenant. Et ça continue, puisque le plus jeune a tout juste 9 ans », raconte-t-elle.

Connue pour sa fibre sociale, Rita Maria Zniber a créé en 1982 sa propre fondation pour recueillir les enfants abandonnés, souvent nés hors mariage. « À l’époque, le sujet était tabou, surtout dans une région agricole comme Meknès. J’ai dû me battre pour leur donner une seconde chance. » Aujourd’hui, 300 enfants sont pris en charge.

Revanche

Le business est une sorte de revanche pour cette femme qui a dû abandonner ses études de droit afin de se consacrer à sa famille. Le métier, elle l’a appris à l’école de son mari, Brahim. « J’ai été longtemps membre du conseil de surveillance du groupe, mais je n’avais jamais eu de rôle opérationnel. Ma nomination au poste de PDG est venue après la restructuration juridique du holding, bouclée en avril dernier et consacrée par le passage d’un conseil de surveillance à un conseil d’administration. J’ai été élue par la majorité des actionnaires à ce poste », précise-t-elle.

Sa principale mission : pérenniser l’affaire familiale, et surtout l’inscrire dans une nouvelle trajectoire de développement. « Une lourde responsabilité, estime-t-elle. Mais qui ne me fait absolument pas peur. » Dès le départ, la nouvelle dirigeante a voulu imposer son style et créer une rupture avec ses prédécesseurs en misant sur l’internationalisation du groupe. La seule manière, selon elle, de consolider les acquis et de continuer de grandir.

Un virage qui ne laisse pas les collaborateurs du groupe indifférents. « C’est une femme redoutable en affaires. Elle a donné un nouveau souffle aux équipes, grâce à son énergie et à son ambition… même si certains d’entre nous les jugent parfois démesurés », signale l’un d’entre eux, vieux routier de l’entreprise. L’exemple du deal Belvédère est en cela assez édifiant. « Le dossier a été monté en un temps record. J’ai été contactée par un banquier français durant l’été, par l’intermédiaire d’un courtier marocain. J’ai vite étudié le sujet avec mes équipes et tranché. Toute l’opération a été montée en moins de trois mois… », rapporte-t-elle.

Autoritaire ?

Se définissant comme une manager à l’anglo-saxonne, la nouvelle reine des domaines Zniber croit en une valeur : la confiance en ses collaborateurs, afin de les responsabiliser. « Le vrai talent, c’est de savoir s’entourer. Je suis très proche d’eux, mais très exigeante, quitte à passer parfois pour une personne autoritaire. Mais c’est la quête de l’excellence qui exige cela », lance-t-elle.

Rita Maria Zniber est une femme de caractère, qui refuse qu’on la compare à son mari et assure être capable de gérer ses affaires sans avoir à le consulter. « Je n’ai plus besoin de ses conseils. Je l’ai longtemps côtoyé dans son travail et j’ai appris tout ce qu’il y avait à apprendre. C’est comme une course de relais. Lui a fait sa part du chemin, et maintenant c’est à moi, et à moi seule, de gagner », annonce-t-elle avec un brin d’humour. Jalouse de son indépendance, Rita Maria Zniber n’est décidément pas prête à mettre de l’eau dans son vin.

 

Sources : Jeune Afrique

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