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Quand les enfants quittent le nid parental

Hier encore je le bordais dans son lit en lui chantant une berceuse ! Dieu ! Que le temps passe vite ! Soudainement, maman réalise que bébé chéri vient d’avoir son Bac et qu’il va voler de ses propres ailes.
Quelle torture en perspective !

Acte I

C’est moi qui ai passé le bac, pas bébé ! J’ai été plus stressée que lorsque j’ai passé mon bac ! Encadrer bébé, lui remonter le moral les nombreuses fois où la courbe chute, lui redonner confiance en lui quand il doute de ses capacités, courir lui acheter des vitamines pour que son pauvre corps ne fléchisse pas, essuyer ses larmes quand il est pris par le cafard, supporter ses sautes d’humeur, ses colères, ses disputes avec ses frères et sœurs. L’échéance approche. Bébé s’enferme. Préparation intensive. Bébé en a assez de sa chambre, de son bureau. Il envahit tantôt le salon, tantôt la salle de séjour ou encore le coin préféré de papa.

Désordre total : là où bébé a élu domicile, il y a des livres qui traînent, des feuilles, des cahiers, des classeurs, des stylos… Sa Minicassette le suit partout. Maman y ajoute des plats de remontants, jus, café, biscuits secs et sucrés, fruits secs, pop corns, chips, bonbons, chocolat… Maman apaise la colère de la maisonnée contre cet ours déchaîné. Elle explique que bébé doit vivre dans une atmosphère paisible pour se concentrer et réussir. Maman tempère papa quand il s’emporte parce que bébé élève trop la voix. Papa trouve bébé impoli, irrespectueux. Maman pense que c’est normal. Le pauvre, il passe son Bac. Maman entretient les copains et copines qui squattent la maison pour réviser avec bébé, assume les accompagnements pour déposer bébé chez un copain, dans un café. Le sommeil de maman est bien perturbé : bébé ne fait plus de nuits complètes. Comment dormir paisiblement quand « hbiba dyali » rabâche ses leçons la nuit ? Bébé exige le silence total, de jour comme de nuit. Mais bébé ne s’inquiète pas du repos de la maisonnée : il fait les cent pas la nuit en récitant à voix haute ses leçons. Il écoute de la musique pendant que les autres cherchent à dormir. Maman excelle en plats amoureusement mijotés pour donner du plaisir à bébé qui, « msikine », ne fait que réviser : les « ch-hiwates » abondent. Le menu du foyer ne tient plus compte que des goûts de bébé. La fratrie et papa protestent. Pas grave, le confort de bébé est prioritaire. Maman pousse parfois le vice jusqu’à réviser avec bébé, le faire réciter. Une fois maman a été jusqu’à demander à bébé d’enregistrer ses leçons sur cassette. Pendant que bébé dort, maman monte la garde en sentinelle consciencieuse : elle met en marche les cassettes quand bébé dort profondément. Elle a lu quelque part que l’être humain peut enregistrer des données dans son inconscient lors du sommeil !

Papa et maman ne reçoivent plus, déclinent toutes les invitations, s’isolent ! Normal. Bébé passe le bac ! Bébé se transforme en tyran, en terroriste avec la complicité de maman. Papa, il faut l’avouer, en a parfois assez et rappelle que de son temps les bacheliers faisaient moins de caprices. Maman réprime papa, le culpabilise et lui rappelle que si bébé l’entend, il va se décourager. Papa ne dit plus « mon enfant » en parlant de bébé. Il dit à maman : « ton enfant ». Mais une fois les résultats proclamés, papa crie sur tous les toits : mon enfant a eu le bac.

Acte II

Bac en poche, bébé fait la fête. Maman assume : les amis débarquent à n’importe quel moment ! Il faut les nourrir. La maisonnée se plaint des visites incessantes, de la musique qui explose les tympans, des longues veillées qui empêchent de dormir… Papa se plaint de trop sortir la nuit pour ramener bébé de ses soirées. Pas grave, bébé fête sa réussite ! Maman rappelle à papa qu’à son âge il a fait pareil. Maman n’existe plus. Elle ne se sent plus. Elle ne vit plus que pour bébé. Son avenir, voilà l’important.

Acte III

Bébé va faire des études à l’étranger. Il faut faire un choix parmi les préinscriptions. Je veux que mon enfant fasse une école prestigieuse, la meilleure. Bébé hésite, il a bien envie de faire des études, il rêve de quitter papa et maman, mais envisage de s’éclater, de profiter de son indépendance ailleurs… Papa et maman ne l’entendent pas de cette oreille. Bébé doit faire une école prestigieuse, comme le cousin et la cousine, comme le fils de « flane » et « flana ». La crise ! C’est ça ou la punition : tu feras une école privée au Maroc. Oh non ! Quelle horreur ! d’accord pour l’école prestigieuse et les années de préparation. Bébé se ressaisit, accepte malgré lui. Papa et maman sont ravis et répètent à qui veut l’entendre que bébé va faire la « meeeeeilleure » Prépa, dans la « meeeeeilleure » école… Maman et papa sourient jusqu’aux oreilles quand on leur répond : « tbaaaarkallah ». Bébé les comble de fierté, ils en rougissent de plaisir.

Acte IV

Quand papa et maman ont beaucoup de moyens, l’acte IV n’existe pas. Ce qui n’est pas toujours le cas. Papa et maman ont peu de moyens. C’est le moment de faire la liste des possibilités de financement des études et des frais de séjours, de transport, d’installation, de logement, d’habillement, de fournitures scolaires, de livres, de loisirs… L’argent est dur à trouver. Papa et maman vendent un bien immobilier hérité ou acquis au prix de nombreuses années de sacrifices et de vaches maigres. Maman se sépare de quelques bijoux. Les banques sont sollicitées pour les crédits. Les plus chanceux se font dépanner par la famille : bassidi et moui lalla, khalti et âmmi. Quand les parents n’ont pas de moyens, bébé passe des concours ratés d’avance et finit par atterrir, à contre cœur, dans une école privée. Quand papa est maman sont dans l’indigence, bébé va, la mort dans l’âme, grossir les masses d’étudiants qui échouent sur les bancs des facultés. Son avenir est garanti : il termine son cursus dans des sitting aux portes du parlement !

Acte V

Bébé s’apprête à partir. Les mouchoirs de maman sont déjà bien humides. Mais le temps des lamentations est encore loin. Ne brûlons pas les étapes ! Maman doit penser au baluchon de bébé. Il fait froid là où va chéri. Il faut l’équiper en pulls chauds, sous-pulls, slips, chaussettes, pyjamas, draps, couvertures… Maman passe ses journées à courir les magasins avec un bébé qui râle. Il préfère acheter ses vêtements à l’étranger. Maman explique que c’est plus intéressant de payer en dirhams à cause du coup de barre du change. Bébé répond que si papa et maman n’étaient pas capables de satisfaire leur bébé, ils n’avaient qu’à pas le mettre au monde. Maman est vexée. Elle explose et se calme en pensant à la séparation imminente. Pas de vacances cette année pour la fratrie. Priorité aux études de bébé ! La fratrie en a ras le bol de bébé et de son avenir qui empiéte sur leur présent ! Maman est là pour les consoler et rappeler que bientôt ce sera leur tour… Rien que d’y penser, ses cheveux se dressent sur sa tête !

Acte VI

La veille du départ ! Maman reçoit la famille, les amis, les collègues, les voisins qui défilent pour saluer bébé et consoler maman. Maman assume : plateaux de thé, café, jus, gâteaux, repas, goûter, déjeuner…

Non, bébé ne s’en va pas seul, papa et maman l’accompagnent pour l’installer. Bébé doit étudier dans le confort. Quand le budget est serré, papa reste. Maman part. Papa devient moralisateur : contrôle tes dépenses, ferme bien ta maison, attention au gaz, à tes papiers, à tes fréquentations, ne te laisse pas aveugler par les loisirs… Le fils a droit à des mises en garde contre cigarettes, drogue et alcool. La fille contre les tentations sexuelles et le mariage avec un non musulman. Papa et maman enchaînent sur les sacrifices que représente le départ de bébé. Bébé n’en peut plus : oui, ça y est, ne vous en faites pas, je me souviendrai de tout. Bébé n’a qu’une idée en tête : à moi la liberté !

Le moment tant redouté. L’aéroport. Excédant de bagages. Papa est prévoyant, il est accompagné d’un « piston ambulant ». L’aiguille de la balance marque 125 kg. Le piston inscrit 22 kg ! La foule : embrassades, pleurs, sanglots, dernières recommandations. Le piston permet à papa d’accompagner maman et bébé presque jusqu’à la porte de l’avion !

Acte VII

Débarquement en Espagne, Paris, New York, Montréal… Maman s’active. Ses pieds sont réduits en compote ! Sa bourse se dégonfle à vue d’œil ! Bébé est installé. Maman n’oublie pas les cadeaux pour les autres bébés qui attendent son retour. Elle culpabilise de les avoir abandonnés, privés de vacances. Elle se saigne à blanc pour les cadeaux des proches qui ont aidé financièrement, symboliquement ou psychologiquement.

Acte VIII

Déchirement, amputation cardiaque, souffrance, pleurs, sanglots. « Lakbida » est meurtrie. Maman abandonne bébé et revient seule. Ni voyageurs, ni hôtesses de l’air, ni stewards n’ont réussi à tarir ses larmes.

Acte IX

Retour au foyer. Recevoir la famille et les amis venus soutenir le moral de maman, thé, café, jus, gâteaux, repas… Maman est épuisée, ses nerfs lâchent. Papa n’en peut plus de la voir essuyer ses larmes : mais bon Dieu, ton bébé tu ne l’as pas enterré, tu l’as envoyé faire des études ! Maman éclate en sanglots : tu as un cœur de pierre, comme tous les pères ! Maman n’ose pas encore s’approcher de la chambre de bébé. Elle trouve enfin le courage d’y entrer. Coup de grâce ! Douleur insoutenable! A chacun de ses passages devant la chambre, maman sort ses mouchoirs.

La vie reprend son cours normal ? Que non ! Plus rien ne redeviendra comme avant ! La vie de maman sera réglée au rythme des aller-retour de bébé, ponctuée par le soutien des proches : « tarek slama » à bébé, « âla slamtou ». La vie de la famille est dorénavant organisée selon le planning de bébé, les vacances doivent tenir compte de bébé… Bébé, empereur régnant avec tyrannie ! Maman n’est plus comme avant. Elle est toujours préoccupée, accrochée au téléphone. Papa n’est pas content des notes salées du téléphone. C’est pas moi, je l’appelle une fois par semaine. Papa demande la facture détaillée sans prévenir maman. Maman est prise en flagrant délit de mensonge.

Bébé appelle : combien de lessive dans la machine à laver, comment repasser les cols, cuisiner le tajine, combien d’huile pour la friture… Maman assume. Appels SOS : j’ai une inondation, j’ai perdu la clé de la maison, j’ai reçu une lettre de ma banque. Ils sont fous, ils disent que je suis dans le rouge, c’est quoi être dans le rouge ? Bébé irresponsabilisé par papa et maman. Il découvre que dans la vie il y a des contraintes, des obligations et des imprévus. Habitué au personnel à son service, il a du mal à se prendre en charge. Maman s’inquiète de l’alimentation de bébé. Dès qu’un proche va dans la ville de bébé, elle lui fourgue un sac plein de victuailles : msemen, pain tendre et affectueux de maman, boite de sardines que bébé ne daignait même pas regarder au Maroc et qui lui paraissent maintenant succulentes, khli’, croissants fourrés, briouate, gigot, sellou, chebbakya…

Les proches n’avisent plus maman de leur voyage, ils en ont assez de traîner des tonnes de victuailles ! Maman a des insomnies. Elle empêche papa de dormir : si au moins je perdais mon sommeil pour une partie de plaisir ! Tu parles ! Walou ! Depuis que bébé est passé en classe terminale. Papa commence à s’énerver ! Maman le néglige, elle est sur ses nerfs, elle crie. La nuit, elle est sous tension. Maman n’écoute plus l’appel de son corps ni celui du corps de papa. Bébé s’épanouit, se fait de nouveaux amis, profite de sa liberté. Heureux d’avoir quitté le nid. Le bonheur ! Maman le pleure, gâche sa vie et celle de la maisonnée. Elle angoisse : et si on l’agressait dans la rue, si sa maison flambait, si, si, si… L’anxiété augmente avec la montée de la xénophobie : bébé agressé à cause de sa tête d’arabe. Les tensions augmentent entre papa et maman. Aux troubles émotifs, s’ajoutent les troubles financiers : bébé demande des rallonges, son argent ne lui a pas suffi, la vie est trop chère, les dépenses multiples… Bébé pleure au téléphone, maman persécute papa. Elle envoie des sous en cachette. Si elle est fauchée, elle vend quelques bijoux. Pas grave. Les bijoux sont achetés pour « douère az-zmen ». Heureusement qu’elle trouve quoi vendre ! Bébé est satisfait. Il a échappé à la crise financière. Papa et maman préparent la crise conjugale ! Bébé déprime. Dispute : je dois aller voir mon bébé pour lui remonter le moral. Maman abandonne la maisonnée ! Elle court consoler bébé. Maman arrive chargée de bonnes choses à manger. Bébé invite ses amis pour déguster les saveurs du Maroc. Déçue, maman. Elle pensait que bébé allait remplir son congélateur pour dépenser moins.

Acte X

La période des examens ! L’angoisse s’intensifie !

Maman ressort ses mouchoirs, elle a bien envie de rejoindre bébé pour le soutenir, mais papa devient franchement méchant. La note téléphonique augmente. Papa conseille à maman de communiquer avec bébé par Internet. Dorénavant, quand maman n’essuie pas ses larmes, quand elle n’est pas au téléphone avec bébé, quand elle ne se lamente pas sur l’éventualité de l’échec de bébé, elle est face à son ordinateur pour chater. Je n’en peux plus maman, c’est trop dur, j’ai peur d’échouer, je déprime grave, je n’arrive pas à me concentrer, maman je suis amoureux, je l’aime, je souffre, c’est ça l’amour ? Tardivement, maman rejoint le lit. Papa attend impatiemment : j’ai plus le courage. Attends demain s’il te plaît. Bébé a épuisé mes dernières forces. Papa proteste. Papa menace. Maman est perplexe : ils sont c… les hommes. Ils ne pensent qu’à ça ! La maisonnée ne vit plus, l’ambiance est électrifiée. Bébé attend ses résultats. Maman est sur les nerfs. Délivrance ! Youyouyou ! Bébé est reçu ! Maman reçoit : mabrouk ! Jus, thé, gâteaux… la fête ! Maman et papa se pavanent tels des paons : il est major de sa promotion. Bizarrement, la majorité des bébés sont major de leur promotion ! A croire que tous les reçus sont majors ! Un petit mensonge pour valoriser bébé ! De toute manière personne ne va vérifier ! Juste de quoi ressentir fierté et vanité et faire des jaloux ! Si l’année se termine par un échec, c’est le drame !

Acte XI

Le retour au bercail ! Bébé arrive ! Papa et maman jurent de trouver du temps pour profiter de bébé, faire une fête pour son retour, inviter les proches, voyager ensemble… Les grands-parents s’installent en première loge pour accueillir bébé.

Bébé est ingrat ! Il ne compte plus passer son temps avec les siens, ni gâcher ses vacances en faisant le compte rendu de son séjour à mouilalla et bassidi. Qu’ils sont collants ces vieux ! Bébé déserte. Il va voir ses amis. Il a besoin d’argent pour ses loisirs. Papa veut lui rentrer dedans. Wily wily ! Arrête, bébé a le droit de s’éclater après une dure année. Maman donne des sous en cachette.

Bébé a changé. La fratrie se plaint : bébé est devenu nerveux, égoïste. Bébé n’admet plus les remarques. Dès que papa et maman lui parlent, il leur rappelle qu’il est grand, adulte. Bonjour les conflits ! Maman tempère, modère, reçoit les coups de papa et de bébé.

Acte XII

Bébé repart, retour au premier acte. Les scénarios se répètent et se ressemblent. Quand tous les bébés partent, maman est achevée. Cœur éclaté. Mouchoirs. Aller-retour fréquents. Budget sabré.

Papa et maman répétent à leur entourage : tu verras quand ils partiront. Je te jure qu’on ne vit plus. Tout ce qu’on fait c’est pour eux. Le calvaire !

Acte XIII

Un vide énorme dans la maison. Un gouffre sépare papa et maman. Maman a vécu pour ses bébés. Sans bébés, sa vie n’a plus de sens. Papa et maman n’ont plus rien à se dire. Maman découvre qu’elle n’a pas eu de vie personnelle : envahie par les contraintes et obligations de papa et des bébés, elle n’a fait que satisfaire leurs exigences et caprices. J’ai gâché ma vie. Elle se retourne contre papa. Règlement de compte. Elle reproche à papa les frustrations qu’il lui a occasionnées. Il ne comprend pas que maman on a trop fait, bien plus qu’il n’en a fait lui-même. Elle cherche amour, réconfort et gratitude pour continuer à donner !

Papa ne reconnaît plus maman. Nerveuse, susceptible, elle ne pense qu’à ses enfants.

Maman ne reconnaît plus papa ; il ne fait que crier ! Maman n’arrive pas à combler le vide. Elle a bien essayé de s’accrocher à son travail, mais le temps passé à la maison est trop long sans bébés.

Maman qui ne travaille pas souffre encore plus. Son vide est plus profond ; elle a essayé de se mettre au sport, au yoga, elle a même essayé de s’occuper dans une association. Le vide est toujours là. Papa et maman ont vécu de longues années ensemble sans communiquer réellement, sans entretenir leur relation, sans penser à leur confort, à l’échange de tendresse. Ils se rendent compte qu’il n’y pas plus de complicité entre eux, plus d’affection. Un homme et une femme condamnés à partager la même couche. Le syndrome du nid vide, comme l’appellent les Américains, s’installe. Toute l’énergie et l’attention de maman et papa étaient tournées vers les bébés. Une fois les bébés partis, il n’y a plus de points communs entre eux. Leurs rapports sont sans intérêt. N’ayant plus les bébés à gérer, papa et maman se tapent dessus. Papa souffre de solitude, sa virilité s’en trouve menacée. Maman se console dans ses pleurs et ses lamentations : j’ai accouché avec les femmes fertiles et je me suis retrouvée avec les stériles ! Papa appréhende le moment où il doit rentrer à la maison : elle lui paraît noire, vide, dès qu’il rentre, il étouffe et a envie d’en ressortir. Maman s’absente plus souvent pour courir approvisionner bébés en nourriture, affection, sous et soutien moral. Papa sort de temps en temps. Papa s’est laissé emporter dans une aventure avec une jeune nana : je te jure que je ne voulais pas. Je l’ai fait malgré moi. Tu comprends akhouya, chui un homme moi ouah, j’peux pas vivre sans. Elle va souvent voir ses enfants. Et moi ? Qui pense à moi ? C’est trop ! Jusqu’à quand je vais rester privé d’eau et d’électricité ? Chui un homme moi ! Je désire, moi !

Acte XiV

Premier bébé est diplômé. Il faut l’installer dans la vie. Premier bébé se marie. Il faut organiser le mariage, l’installer dans un logement, l’équiper. Bébé a eu un bébé. il faut financer. Maman doit jouer à la grand-mère parfaite. Deuxième bébé est diplômé. Il faut… il faut… De nana en nana, papa retrouve jeunesse, vigueur et joie de vivre. Bébés érigent leur vie et s’épanouissent. Maman se fane, se décompose. Sa vie se sclérose. Sa sexualité agonise. Elle a un goût d’amertume. Elle ne comprend pas l’ingratitude des bébés, de papa : j’ai tout donné, j’ai sacrifié ma vie. Rien reçu en retour ! Maman devient aigrie. Elle en veut à la vie, à son sort. Elle maudit son pays qui a contraint ses enfants à l’exil… Un exil peut-être sans retour définitif au pays. Bébés ne peuvent plus vivre dans cette société corrompue, avec peu de possibilités de réussite individuelle et professionnelle.

Dernier acte : moralité

Maman tu es née pour l’abnégation. Tu as donné la vie, l’affection, la joie, le plaisir. Tu ne recueilleras pas le fruit de tes sacrifices. Personne ne te dédiera une médaille pour bon et loyaux services, ni les bébés ni papa. Tu en as trop fait, maman. A chercher la perfection, tu t’es vidée !

Tu aurais dû être un peu égoïste, penser à toi. Exister pour toi. Papa et toi auriez dû veiller à entretenir votre relation. Papa et toi, auriez dû soigner votre intimité, vous offrir des moments de plaisirs, de détente et de loisirs à deux. Vous auriez dû tisser une relation de couple et développer des activités, des intérêts en commun qui perdurent au-delà du départ des bébés. Le syndrome du nid vide vous aurait moins affecté.

La retraite du rôle de parents se prépare au même titre que la retraite professionnelle. On la prévoit bien à l’avance ! Bébé ne prend pas son envol sans faire de dégât. Croyez-en une mère concernée, mais le choc peut être amorti si les parents n’en font pas trop, dans le souci de préserver bébés et de leur donner les meilleures chances de réussite. Nos parents n’en ont pas fait autant. Pourtant nous sommes loin d’être des débiles ! Le dernier acte de la vie, celui où papa et maman restent seuls, peut être vécu comme une seconde lune de miel. La disponibilité de papa et maman peut être drainée vers des plaisirs et des loisirs en commun. Des tête à tête agréables et doux. Un repos bien mérité, partagé à deux, dans l’affection et la douceur !

Sources :Ousra Magazine

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