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Parent toxique : quand le mal-être a un nom.

Nombreuses sont les personnes qui se reconnaissent dans le sujet que je tente d’aborder, mais encore plus nombreuses sont les personnes qui n’en ont aucune idée, soit parce qu’elles renient d’ors et déjà l’existence du phénomène, soit par ce qu’elles ne s’en sentent pas concernés tout simplement.

Un parent toxique est d’abord un parent, une personne qui remplie ce rôle, ô combien important, de participer à la création d’un être, de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour lui permettre d’évoluer, de trouver sa voie, de s’épanouir.
Un parent toxique est un parent qui au lieu d’aider, détruit, au lieu d’épauler, se dresse au premier rang pour abattre, et quand son enfant ne tient qu’à un cheveu, il est le premier à l’achever.
Loin de vouloir nous pencher sur le pourquoi du phénomène (histoire personnelle, chemin de vie, complexes, psychoses), nous nous focaliserons sur ses manifestations et ses conséquences, ainsi nous nous proposons dans un premier abord de faire un petit tour d’horizon par rapport à une notion primordiale dans la psychologie de tout enfant à savoir : l’estime de soi.
L’estime de soi est la résultante de trois composantes fondamentales, à savoir : l’amour de soi, le respect de soi et la confiance en soi.
La redondance au niveau du « soi » laisse croire que ces sentiments viennent de nous, mais le fait est que, ce sont trois composantes qui sont nourries, voire même déterminées par l’Autre.
On entend ici par l’Autre, la/les personne(s)-référence(s).
La personne-référence est une personne à qui l’on donne ce privilège d’être notre miroir, on se voit à travers ses yeux, on se positionne par rapport à ses pensées, ses valeurs, ses principes, ses opinions, ses prise de positions…quand elle nous aime, nous nous aimons, quand elle nous respecte, nous nous respectons, quand elle nous fait confiance, nous nous faisons confiance.
La personne-miroir remplie donc un rôle décisif à caractère dangereux, c’est une lame à double tranchants, elle peut nous immuniser dans notre relation avec l’extérieur, ou nous fragiliser, constituer une entrave.
Ceci étant, il existe deux types de personnes- miroirs : les imposées (Parents, famille…) et les choisies ( ami(e)s, conjoint( e )s…)
Une personne-miroir qui remplit bien son rôle ,se doit de synchroniser deux éléments : dire et montrer.
Nous dire qu’elle nous aime, le montrer à travers des actes, nous dire qu’elle nous respecte, le prouver, nous dire qu’elle nous fait confiance et le concrétiser.

– Quand actes et paroles sont jointes, la personne-miroir, la personne-référence, nous donne une haute estime de nous-mêmes, une estime de soi indépendante de l’environnement externe.
– Quand actes et paroles sont contradictoires, l’estime de soi est inconstante, elle dépend de notre entourage, des humeurs de ceux qui nous entourent, des situations.
– Quand la personne-miroir, la personne-référence nous dénigre, nous insulte, nous humilie, nous manipule, nous maltraite, notre estime de nous-mêmes est basse. Nous serons donc des personnes qui ne s’aiment pas, ne se respectent pas, n’ont pas de confiance en eux.

Les parents sont des personnes-références imposées, du fait que personne ne choisit ses parents. Ils sont donc censés fournir une immunité psychologique à leur enfant :
– Lui dire qu’ils l’aiment, lui montrer qu’ils l’aiment.
– Lui dire qu’ils le respectent, le lui montrer à travers des actes
– Lui dire qu’ils lui font confiance, le traduire en fait, en preuves.

Joindre actes et paroles n’est pas une tâche facile, c’est un exercice au quotidien, qui suppose une application, une implication, une conscience de l’importance de ce rôle que l’on joue dans la prédéfinition de la personnalité de notre enfant.
Dans les sociétés orientales en générale, la société marocaine en particulier, nous avons tendance à nous focaliser davantage sur les actes, le non-dit étant une quasi-religion.
L’enfant est censé comprendre que si son père le gifle c’est parce qu’il cherche à le protéger, que si sa mère se réveille à l’aube pour lui préparer son petit déjeuner c’est parce qu’elle le chérit, que si on n’arrête pas de l’insulter c’est parce qu’on cherche à lui apprendre les bonnes manières, à le pousser à s’améliorer, que si on se moque de lui en privé ou en publique c’est qu’on a peur qu’il devienne arrogant , qu’il ait la grosse tête, que si on lui dit qu’il est un bon à rien , on le stimule pour nous prouver le contraire.
Au fait, le problème dans notre société n’est pas le fait de dire, la preuve c’est qu’on ne se gêne pas trop pour agresser, le problème se résume dans le fait que nous éprouvons une certaine honte, un malaise à exprimer nos sentiments d’amour et de tendresse, un handicap ancestral que l’on a transformé en philosophie de vie.
L’effort que l’on fournit à être polis avec les gens, avec des étrangers est appelé : bonnes manières.
L’absence d’effort à être polis avec nos enfants, à calculer nos faits et gestes est appelée : bonne éducation.
Un parent toxique généralement ne sait pas qu’il est un parent toxique, il croit bien faire, il sème donc la haine, la colère et la frustration et s’attend à récolter de :
– L’obéissance : la forme la plus cotée d’amour, dont la résultante est la bénédiction
– Le soutien dans les moments difficiles : Le retour d’investissement
– La dépendance totale : revenir toujours vers lui dans toutes les décisions

Les croyances sociales ayant souvent tendances à s’appuyer sur la religion pour souligner leur légitimité, on citera des versets que l’on ne complétera pas, des interprétations qui nous arrangeront. On se focalisera sur les devoirs des enfants en oubliant de citer leur droits, on prédominera l’importance de la bonne intention afin de masquer, effacer la culpabilité, d’étouffer toute tentative de remise en question.
Il suffit donc d’être parent pour être le détenteur de la vérité infuse, la perfection incarnée, le distributeur en exclusivité de ce ticket tant convoité : le ticket vers le paradis.
Franchement ?

Le plus dangereux dans la psychologie humaine, c’est que l’on a souvent tendance à reproduire le modèle parental, étant le modèle le plus sûr, dont le résultat est bien connu : Nous.
Nous nous complaiserons dans des relations destructrices, nous choisirons des ami(e) )s , des conjoint( e)s , qui nous font du mal, nous fragilisent, car quelque part , et au fil de notre parcours, on aura trouvé le moyen de créer, recréer cette fameuse équation :
Amour= Souffrance
Nous serons prédisposés à entretenir des relations sado/maso, à les légitimiser, à les transformer en lègue que l’on transmettra sans faute à nos enfants.
Le cercle vicieux sera ainsi entretenu.

Il n’est jamais tard pour se reprendre en main, se remettre en question, s’améliorer, travailler sur « soi », se pencher consciencieusement sur son mal…le diagnostique n’est-il pas le premier pas vers la guérison ?
Loin de prétendre pouvoir changer l’Autre « destructeur », nous avons cette possibilité, ce devoir, de le détrôner, le faire descendre de ce piédestal, lui retirer ce pouvoir qu’il n’aura pas mérité.
Le but n’étant pas de le blesser ou lui retourner la monnaie de sa pièce, mais de se désintoxiquer, de guérir, de commencer à se voir comme étant le maitre de son destin, de s’inscrire dans cette quête légitime, celle de savoir que l’on mérite mieux, et qu’il est grand temps de prendre sa vie en main .

par: loubna el joud

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