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Nouzha Skalli

Nouzha Skalli
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Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter svp ?

Si je dois me présenter par mon titre et mes actions actuelles je dirais Députée PPS à la Chambre des Représentants et militante associative en faveur de la cause des femmes mais surtout pour l’accès des femmes aux postes de responsabilité et de décision.  Je dirai aussi fortement engagée en faveur des droits des enfants et surtout contre l’emploi domestique des fillettes et contre le mariage précoce. Je milite aussi pour le droit des personnes en situation d’handicap et pour l’abolition de la peine de mort et enfin pour l’assouplissement de nos législations en matière d’avortement.
Enfin disons que je suis une passionnée de la politique au sens noble du terme et je rêve de communiquer aux jeunes filles et garçons de notre pays l’esprit  de citoyenneté et de patriotisme!
Autrement je suis mariée et mère de deux (grands) enfants: Halima et Ali.
– Racontez nous un peu votre parcours 
Mon attrait pour les valeurs de la liberté, de l’humanisme et de la justice sociale datent de mon adolescence.
A dix neuf ans j’ai adhéré au PLS, ancêtre du PPS actuel.
Depuis mon engagement politique s’est renforcé et diversifié.
L’engagement citoyen est devenu pour moi une valeur centrale. C’est ainsi que j’ai été candidate à toutes les élections entre 1976 et 2003. Mon élection au conseil municipal de sidi Belyout à Casablanca en 1997,  parmi 0,34% de femmes élues,  est venue après sept candidatures alternativement aux élections municipales et législatives et 20 ans de campagnes électorales.
Mon élection au parlement en 2002 est venue couronner dix candidatures aux élections  et plus de 25 ans années campagnes électorales. En 2003, j’ai été nommée chef de groupe parlementaire (première femme ayant occupé cette fonction au Maroc).
J’ai gardé un souvenir inoubliable du discours historique de SM le Roi Mohamed VI du 10 Octobre 2003 pour annoncer la réforme du code de la famille sur la base des valeurs d’égalité.
Parallèlement, et ayant découvert très tôt l’ampleur des endurances des femmes et des injustices qu’elles subissaient, je me suis lancée éperdument dans la cause des femmes et de l’égalité.
J’ai été avec d’autres camarades à l’origine de la création de l’ADFM (Association Démocratique des femmes du Maroc) mais aussi le Centre pour le leadership féminin, le premier centre d’écoute pour femmes victimes de violence, également j’ai fait partie du collectif des fondateurs et fondatrices de l’OMDH (l’organisation marocaine des droits humains).
En Octobre 2007 Sa Majesté le Roi Mohammed VI m’a fait l’honneur de me nommer à la tête du Ministère de développement social, de la famille et de la solidarité aux côtés de six autres femmes membres du gouvernement.
Ce geste a contribué à enraciner chez notre peuple l’idée que les femmes ont pleinement leur place à tous les niveaux de responsabilité.
Il a contribué à dévoiler l’ampleur du scandale qu’a été la formation du gouvernement actuel qui a totalement occulté la représentation féminine et les droits des femmes.
– Et votre vie professionnelle ?
De profession je suis pharmacienne. La pharmacie a été pour moi durant mes premières années d’exercice un moyen de développer mon sens du contact et de la proximité avec les petites gens.
Ma première Pharmacie, j’ai choisi de l’ouvrir dans une zone rurale : à Bir Jdid à 45 km au sud de Casablanca. C’était la première pharmacie du village et elle s’appelait : « pharmacie du Progrès » C’était un clin d’œil par rapport à mon parti. Le parti du progrès et du socialisme.
Dans les années 90 j’ai été présidente du Syndicat des pharmaciens de Casablanca, puis Présidente de la Fédération Nationale des Syndicats des Pharmaciens du Maroc. Une fonction occupée pour la première fois par une femme.
– Comment est née cette passion pour la politique ? 
Cette attirance pour la politique s’est développée quand j’étais au lycée, à la lecture des écrivains et philosophes humanistes  et des lumières comme Rabelais et Montaigne, Voltaire et Rousseau mais aussi Victor Hugo et Emile Zola  qui a décrit la dure réalité des mineurs dans « Germinal ». Au Maroc aussi j’étais révoltée contre la pauvreté et les injustices sociales et je rêvais de contribuer à faire avancer mon pays vers la démocratie, le progrès et la démocratie.
– Vous êtes un modèle de réussite pour les femmes, quel est votre conseil pour celles qui veulent réussir ?
Si j’avais un seul conseil à donner : c’est la persévérance et de ne pas craindre l’échec. Car c’est avec les échecs qu’on construit les succès comme le montre mon expérience électorale.
Je ne peux qu’encourager les jeunes à développer leur sens de la citoyenneté car aucune démocratie ne peut se construire sans l’implication des jeunes et des femmes dans la citoyenneté.
– Quels sont vos projets avenir ?
Je continue à lutter pour les causes dans lesquelles je crois. Je lutterai pour l’égalité et la parité, pour le progrès et la modernité, pour l’abolition de la peine de mort, contre le travail domestique des enfants, contre le mariage des mineures, pour la réforme du code pénal, pour la révision des lois sur l’interruption médoicale de grossesse, pour la reconnaissance effective des droits des personnes handicapées ou âgées, en un mot pour la mise en œuvre effective de la nouvelle Constitution qui est une véritable charte des droits humains et qui reflète les aspirations de notre peuple et la vision de SM le Roi.  Je crois que je continuerai à lutter jusqu’au dernier jour de ma vie.
– Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?
Cette situation a connu de grands progrès durant la dernière décennie grâce aux lutte du mouvement pour les droits des femmes et à la volonté politique au plus haut niveau de l’Etat.
La réforme du code de la famille, du code de la nationalité, la budgétisation sensible au genre, la mise en œuvre du programme Tamkine de lutte contre la violence faite aux femmes, l’enquête nationale sur la violence faite aux femmes, la mise en œuvre de mesures affirmatives pour l’accès des femmes à la prise de décision et enfin la proclamation par SM le Roi du 10 octobre journée nationale de la femme depuis 2008. Le chantier de la réforme du code pénal avait également bien avancé dans le sens d’une meilleure protection des femmes contre la violence à l’égard des femmes.
Tout cela constitue des avancées extraordinaires   citées en modèle dans le monde. Ces réformes ont été couronnées par la réforme de la Constitution qui est très engagée en matière d’égalité, de parité et de lutte contre les discriminations.
Enfin l’Agenda Gouvernemental de l’égalité adopté par le gouvernement précédent est destiné à faire converger les efforts de 27 secteurs gouvernementaux pour lutter contre les discriminations et promouvoir l’égalité en perspectives 2015.
– Un mot sur la gestion actuelle du Ministère de la solidarité, de la femme et de la famille ? 
La question se pose de savoir si la vision qui domine au sein de la nouvelle équipe est en harmonie avec les avancées réalisées en la matière et également et s’il existe une volonté de continuer à œuvrer pour achever les chantiers ouverts, y compris celui d’une mise en œuvre saine de la Constitution.
– Votre avis sur lamarocaine.ma ?
je vous félicite pour ce site attrayant et diversifié, qui tout en abordant les préoccupations relatives aux rôles traditionnels des femmes, ne néglige pas pour autant les problèmes  de société.
Bien sûr, de mon point de vue les problématiques relative à l’égalité des droits sur les plans politiques, économiques, sociaux et culturels mériteraient d’occuper une place plus importante ainsi que des problématiques » chaudes » comme les mères célibataires, le mariage des mineures etc. mais aussi le coaching des femmes cadres, par exemple, les femmes à l’université, les femmes élues municipales dans le Maroc profond et une multitude d’autres sujets accompagnant l’évolution actuelle de la situation des femmes. Je vous souhaite toujours plus de succès et de réussite!
– Dernier mot:
Je présente tous mes vœux aux marocaines jeunes et moins jeunes en matière de droits des femmes et de l’égalité. Je m’adresserai aussi aux hommes pour leur demander de penser à leurs sœurs et à leurs filles mais aussi à l’avenir de notre pays. Ne dis-t-on pas que la femme est l’avenir de l’homme. Sans elles, l’avenir de notre pays et des générations montantes risquerait fort, à Dieu ne plaise d’être hypothéqué.
Interview réalisé par : Aziz HARCHA pour www.lamarocaine.com 

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