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Le stress émotionnel précoce peut conduire au développement de troubles de l’humeur

Le circuit cérébral des émotions et le développement psychopathologique sont influencés par le stress émotionnel précoce (early life stress) et la fonction de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), avec une implication directe du cortisol.

Par ailleurs, le circuit amygdale-cortex préfrontal ventromédian (CPFvm) revêt une importance particulière dans les comportements anxieux et dépressifs d’après des travaux réalisés chez l’animal et chez l’homme.

Les interactions entre un stress émotionnel précoce et l’axe HHS sont connues pour affecter la structure cérébrale et le comportement, sans que leurs rôles exacts dans le développement de l’interaction fonctionnelle, ou connectivité, de la voie amygdale-CPFvm, et ses associations avec des troubles futurs, ne soient encore clairs.

En utilisant l’IRM fonctionnelle (IRMf) de repos, qui permet une très bonne mesure de l’intégrité fonctionnelle du circuit amygdale-CPFvm, une étude prospective américaine explore donc (i) les rôles de d’un stress précoce et de la fonction neuroendocrinienne précoce (cortisol basal dans l’enfance) dans le développement de la connectivité fonctionnelle de repos du circuit amygdale-CPFvm à l’adolescence, et (ii) l’association différentielle entre ces paramètres et des symptômes concomitants d’anxiété et de dépression.

Pour affirmer que les associations observées sont bien dues à l’expérience précoce, le stress et le taux basal de cortisol de l’après midi sont aussi examinées à l’adolescence. L’hypothèse centrale est celle d’une corrélation positive entre stress émotionnel précoce et cortisol de fin d’après midi élevé dans l’enfance, et que ces deux paramètres soient prédictifs de variations de la connectivité fonctionnelle de repos à l’adolescence ; puis, que la connectivité fonctionnelle de repos soit associée à une internalisation des symptômes, plus spécialement d’anxiété, dans l’adolescence.

Les données d’IRM structurelle et d’IRMf de repos, ainsi que les symptômes psychiatriques auto-déclarés émanent de 57 participants à l’étude prospective longitudinale Wisconsin Study of Families and Work (28 de sexe féminin, âge moyen de 18,44 /- 0,19 ans). Les valeurs de connectivité ont été comparées aux mesures de cortisol basal salivaire moyennes obtenues dans l’enfance à l’âge de 4,5 ans. Le stress émotionnel précoce est une mesure composite du stress maternel précoce calculée à l’aide des déclarations maternelles de symptômes dépressifs, stress parental, conflits conjugaux, surcharge de travail et stress financier, en moyenne sur des évaluations effectuées lorsque les enfants avaient 1 mois, 4 mois et 12 mois.

Les résultats indiquent chez tous les adolescents, que l’augmentation de la connectivité fonctionnelle entre amygdale et vmPFC est associée à l’apparition de symptômes dépressifs. En outre, uniquement chez les adolescentes, la voie de développement entre les taux de cortisol dans l’enfance et les symptômes dépressifs passe en partie par la voie amygdale-vmPFC. Chez les jeunes filles, un stress émotionnel précoce plus important est associé à un taux plus élevé de cortisol dans l’enfance, qui lui-même est prédictif d’une diminution de la connectivité fonctionnelle au repos entre amygdale et vmPFC 14 ans plus tard ; cette dernière est inversement corrélée à des symptômes d’anxiété concomitants, mais positivement associée à des symptômes dépressifs.

Aucune étude à ce jour n’avait examiné les rapports différentiels entre la connectivité fonctionnelle de repos de la voie l’amygdale-CPFvm et les symptômes anxieux et dépressifs ou n’avait exploré la façon dont ces associations sont touchées par le stress émotionnel précoce et la fonction de l’axe HHS. Ces résultats suggèrent pour la première fois un mécanisme neuro-développemental par lequel le stress émotionnel précoce accroît la vulnérabilité à l’internalisation des troubles de l’adolescence. Dans ce modèle, le stress émotionnel précoce augmente le cortisol basal, qui à son tour module le circuit de régulation des émotions de l’adolescence. L’état fonctionnel de ce circuit au repos prédit les symptômes anxieux et dépressifs. Il présente des différences entre les sexes, avec des effets plus importants chez les femmes.

Dominique Monnier

Burghy CA et coll. : Developmental pathways to amygdala-prefrontal function and internalizing symptoms in adolescence. Nat Neurosci. 2012. Publication avancée en ligne le 11 novembre 2012. doi: 10.1038/nn.3257

Source: jim.fr

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