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Le mariage des mineures entre abrogation et obstination

Le mariage des mineurs est en constante augmentation depuis bien des années. Même si l’âge minimum pour le mariage est fixé à 18 ans et que les exceptions sont soumises à l’autorisation du juge de la famille, ce phénomène reste présent et concret. Explications.

Le mariage des mineures a connu une nette augmentation durant ces dernières années. Ainsi, le nombre de cas est passé de 34 777 en 2010 pour atteindre 39 031 cas enregistrés en 2011, révèle le ministère de la Justice. Si la Moudawana autorise le mariage des mineures dans des cas exceptionnels, ces dernières années, plus de 90% des demandes de mariages précoces ont été acceptés et 8% seulement rejetées. Pourtant, ces autorisations ne devaient être délivrées qu’à titre exceptionnel et après plusieurs enquêtes.

Ces mariages risquent de se multiplier à l’avenir. Par ailleurs, la pauvreté est un autre facteur important de la hausse de ces demandes de mariages, car ces types de requêtes proviennent rarement de familles aisées. De plus, «la hausse des abandons scolaires» est une des raisons citées par les magistrats pour justifier les autorisations données.Cependant, la loi est bien claire. L’article 19 stipule que «l’aptitude au mariage s’acquiert pour l’homme et pour la femme jouissant de leurs facultés mentales, à 18 ans». Mais qu’importe la loi, car les mentalités résistent ! Pour Najia Adib, présidente de l’association «Touche pas à mes enfants», «ce genre de mariages n’a qu’une seule appellation : la pédophilie légale, à la hallal», explique-t-elle. De plus, qu’importe si les articles du Code de la famille sont modifiés, revisités, retravaillés. À ses yeux, malgré l’avancée des lois «les mentalités ne changent pas. C’est-à-dire qu’en réalité, c’est clairement les esprits qui doivent se corriger, car les hommes des milieux ruraux ne connaissent pas les articles, ne prêtent aucune attention à la loi», souligne-t-elle. «Déjà il faut insister sur le fait qu’une mineure n’est pas encore une femme, mais une gamine et qu’à moins de 20 ans, elle ne peut pas encore assumer la responsabilité d’une famille et des enfants», explique Mme Adib. Mais cette idée qu’il faut se débarrasser des jeunes filles le plus tôt possible est pleinement ancrée dans certaines mentalités.

C’est dans les milieux ruraux que ces méthodes sont les plus courantes. Comme on dit, il faut simplement que quelqu’un vienne frapper à la porte de la maison pour qu’on lui offre sa fille. Car au sein de ces familles, leur souhait est simplement de se débarrasser des filles et le plus tôt possible : «Cette dernière est donnée comme un objet. Elle est souvent qualifiée de poids lourd si elle reste trop longtemps à la maison», raconte Najia. «D’ailleurs, dans certains endroits, on compare les jeunes filles à des courgettes. C’est-à-dire qu’elles doivent vite être “vendues” avant de “pourrir”», ajoute-t-elle.
Le pire dans tout cela est que ce genre de couple ne dure pas. Dès que la jeune fille grandit, devient une femme et réalise à quoi son quotidien ressemble, elle s’en va.

De plus, si la jeune fille veut divorcer et revenir auprès de sa famille, on le lui déconseillera, car c’est honteux. Avant de se marier, la jeune fille doit être consciente de toutes les conséquences. Pour certaines d’entre elles, ayant vécu toute leur vie au sein d’une famille autoritaire, le mariage ressemble à la liberté.
Elle se dit qu’ainsi, elle pourra sortir comme elle souhaite sans que sa famille puisse la contrôler, sans qu’on lui en donne d’ordre. Elle est aveuglée par cette soif d’autonomie sans se rendre compte dans quoi elle s’embarque. Mais ces mineures, que veulent-elles vraiment? Ce qu’on déplore le plus dans ces mariages forcés c’est que la plupart de ces adolescentes ne veulent pas se marier. Elles sont plus du genre à rêver d’un mariage choisi, un mariage d’amour et surtout de longues études. Mounia fait partie d’entre elles. Jeune fille de 16 ans quand son papa a choisi de la marier à un homme de 29 ans. Elle souhaitait simplement «finir ses études et au moins décrocher le baccalauréat», raconte-t-elle. «Le mariage était la dernière de mes préoccupations et je ne voulais en aucun cas reproduire le schéma qu’avaient choisi mes parents», ajoute-t-elle.

Yousra a, pour sa part, été mariée à l’âge de 17 ans et bien évidemment, elle a cessé d’aller en cours. Mais ce qui importe dans tout cela c’est qu’elle a divorcé à peine cinq ans et qu’après ce choix et sa famille l’a rejeté. C’est alors qu’elle a quitté Béni Mellal pour Casablanca avec un fardeau en moins sur le cœur. D’ailleurs, elle est soulagée, car elle n’a pas eu d’enfant de son premier mariage. Loubna, quant à elle, est sûrement l’exception qui confirme la règle.

En effet, cette dernière s’est mariée jeune certes, mais suite à son choix : «Cela faisait trois ans que je connaissais Imad et notre mariage m’a semblé être une évidence», confie-t-elle. «Il avait 19 ans et j’en avais 16 quand nous nous sommes mariés. Depuis, nous avons continué nos études et je ne regrette en aucun cas mon choix», ajoute-t-elle.
Choisir ou non, à moins de 18 ans, la place de nos jeunes n’est-elle pas encore auprès de leurs parents et au sein de l’école ?

Les lois et les mentalités

À défaut de modifier l’article 490 du Code pénal, le ministère de la Justice et des libertés a accepté, début de l’année en cours, la proposition de loi, d’un groupe parlementaire, visant à annuler le 2e alinéa de l’article 475 du Code pénal qui donne droit à l’auteur du viol d’épouser sa victime et d’échapper ainsi à des poursuites judiciaires.Mais les réelles solutions seraient encore de faire comprendre aux parents que ces mariages ne doivent plus se faire. Malheureusement, et cela dans la plupart des cas, ils ne veulent rien entendre. Pour eux, ces mariages se font depuis toujours, c’est entré dans leur tête et rien ne pourra contrer cela. Les vieilles coutumes ne peuvent pas se démanteler, on ne peut rien faire contre la mentalité des gens.

Repères

  • Ces mariages de mineurs représentent environ 11% des mariages au Maroc.
  • Certaines villes enregistrent une hausse significative du mariage des mineures, comme Béni Mellal (18,78%), Marrakech (18,94%) et Ouarzazate (12,21%).

Source: Le Matin

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