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Le Code de la famille, neuf ans après…

Code de la familleDans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la femme, la préfecture d’arrondissements Ben M’sik a récemment organisé, en partenariat avec la délégation du ministère de la Santé, une journée d’étude autour de «La Moudawana, Code de la famille, neuf ans après la mise en application : Bilan et perspectives».

«L’inégalité coûte cher, très cher même !» C’est en ces termes que l’avocat à Casablanca et ex-députée parlementaire Aïcha Guellaa exprime sa déception quant à la régression enregistrée dans le domaine des droits humains de la femme. Ce constat va dans le sens où il est urgent d’optimiser les clauses du nouveau Code de la famille. Ceci nécessite le renforcement de l’arsenal juridique relatif à la femme par la mise en place d’un bon nombre de dispositions et mesures susceptibles de garantir une meilleure protection de toutes les composantes de la cellule familiale. Il est impérativement important aussi «d’accorder à la formation des professionnels dans le secteur de la justice toute la place qu’elle mérite et de mettre à niveau les infrastructures notamment dans les sections de la justice familiale», ajoute-t-elle.

Même son de cloche chez HouriaTribek El Houate, femme-entrepreneure et actrice associative, militante dans le domaine des droits humains de la femme, pour qui, la réforme de la justice est plus que jamais d’actualité. «Il y a un flagrant manque de moyens, de conditions optimales à l’exercice, de formation des cadres dans le domaine de la justice, et un rôle limité de la médiation sociale notamment dans la période qui suit les divorces». Dans son intervention, H.T. El Houate n’a pas manqué, en outre, de rappeler que l’égalité entre les sexes c’est comme le fil rouge qui tisse la trame de toutes les activités conduites par les mouvements associatifs dans le domaine des droits humains de la femme. «Le mouvement a joué un rôle important dans l’adoption de plusieurs réformes qui ont profondément changé la position légale et sociale de la femme dans certains cas, sans créer de heurts sociaux ou religieux au sein d’une société où le référentiel islamique est très fort», explique-t-elle.

Ceci a été possible grâce à une implication et un engagement total pour faire aboutir la réforme du statut social de la femme malgré la réticence de certains courants politiques et idéologiques. Le succès est donc incontestable de la gent féminine en matière de droits et d’égalité. Mais le plus dur reste à faire. «Nous nous attacherons à la promotion des droits fondamentaux de la personne humaine dans le but de transformer notre société et de jeter les fondements d’un développement humain équitable et durable», précise-t-elle. La société a donc besoin d’être «assaisonnée» aux ingrédients de l’égalité. Il est vrai que le Code de la famille est un souffle d’espoir pour les femmes, mais la mise en œuvre de «ses dispositions n’est pas facile pour le système légal», constate Saâdia Wadah, avocat à Casablanca pour qui le Code de la famille souffre d’une «mauvaise compréhension tant de la part des avocats et des magistrats que des citoyens». C’est ce que souligne également Loubna Ouazzani, Substitut du procureur général à la Cour d’appel de Rabat. Dans son intervention, elle a mis le doigt sur l’apport fécond du nouveau Code de la famille sans pour autant négliger l’énorme effort qu’il faut entreprendre pour mieux comprendre et accepter tous les chapitres du Code la famille. Il s’agit de la capacité matrimoniale, le mariage des mineurs, le divorce, la polygamie, entre autres points qui nécessitent une profonde révision. De même qu’il y a des lacunes légales subsistant dans la Moudawana qui sont à résoudre. D’où la nécessité de la réforme du Code de la famille.
Soulignons, par ailleurs, que cette journée d’étude a été aussi l’occasion de rendre hommage à Rachida Ahfoud, présidente de Chambre à la Cour suprême, organisatrice et animatrice de l’émission «Moudawala».

Un combat d’arrache-pied
Le Maroc a connu plusieurs changements sociologiques et politiques importants au cours de ces dernières années. Pourtant la place des femmes au sein des institutions représentatives locales et nationales et donc son accession au poste de décision demeure strictement limitée. «La construction idéologique déprécie le rôle de la femme dans la vie publique et la confine à un rôle traditionnel de mère et épouse», explique Aïcha Guellaa. L’élan combatif ne faiblit point. Et le facteur temps compte dans la libération des énergies. Mais il n’est pas le seul «bouillon culturel» dans lequel baigne la société, pour cette ex-députée parlementaire. «Plus que jamais, il faut assurer à la femme la place qui lui sied parfaitement dans la vie du Royaume», conclut-elle.

Repères
Tenue le 22 mars courant au complexe administratif de la préfecture de Ben M’sik, cette journée d’étude a permis aux différents intervenants de dresser les évolutions et mesurer les écarts en matière d’égalité entre les sexes.
La journée d’étude a également permis de mettre en exergue les acquis du Code de la famille et les contraintes qui empêchent son application en bonne et due forme.

Sources: Le Matin

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