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Laïka Fatien

Laika Fatien
Laika Fatien

– Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter SVP ?
Née d’un père ivoirien et d’une mère hispano-marocaine à Paris en 1968, j’ai été élevée essentiellement par des femmes (ma grand-mère, ma mère et ma tante) dans une famille juive marocaine. Je tiens à ma culture maternelle séfarade, ouverte sur les musiques méditerranéennes. Je suis à la mode de parler de métissage ; parlons plutôt d´une culture assumée, de rencontres abouties.


– Racontez nous un peu votre parcours et votre vie professionnelle.
Il n´est peut-être pas étonnant que le jazz — qui trouve son universalité dans le fait d´être un langage et une culture adoptés — ait constitué l´horizon naturel d´une personnalité curieuse et désireuse de tenir un discours fort. mes diverses formations (Ariam Ile de France, Cim, IACP) ne sont pas à la source de ce qui fait la vérité de mon chant : une expression personnelle fondée sur un vécu du jazz authentique. Ce n´est pas pour rien que j’ai pu fréquenter des gens comme Antonio Hart, Roy Hargrove, David Linx… c´est-à-dire une école de musiciens dont le projet est un miroir du mien : être soi-même au sein d´un langage établi par de glorieux ancêtres qu´il ne s´agit pas d´annuler mais de respecter et de prolonger. Billie Holiday, Carmen McRae, Shirley Horn, Abbey Lincoln et Nina Simone sont pour moi des inspirations, des consœurs et non des modèles à imiter ou éviter selon des options arbitraires.

Je me suis fait connaître en chantant avec le big band de Claude Bolling. Elle collabore également avec Sixun, Julien Lourau, Steve Williams, Antoine Roney, Michael Bowie, David El Malek, Richard Galliano, Robert Glasper, Gregory Hutchinson, Peter Martin, Daryl Hall, Vince Benedetti…

Par ailleurs, j’apprends la scène sur d´autres planches, celles du théâtre. Je m’initie avec sérieux au métier d´actrice (L´Ecole du Théâtre de Chaillot avec Aziz Kabouch, stage avec Irina Brook, à la Cartoucherie avec Philippe Adrien, avec Jack Garfein de l´Actors´ Studio…). Ma participation à « A Drum is a Woman », la comédie musicale d´Orson Welles et Duke Ellington avec Bolling et Jérôme Savary est justement une synthèse aboutie de musique et de théâtre (Palais de Chaillot, 1996). J’ai mené ainsi une double carrière de musicienne et d´actrice et joue au théâtre « Oli-Ola » d´Eva Kaczor, rôle d’Oli-Ola en 1999 ; « Peau d’Ane », par Jean-Luc Jeener au Théâtre du Nord Ouest, rôle de la fée en 1999/2000 ; « Variations sur un Thème » de Xaxier Lacouture, rôle du petit prince en 2000 ; « L´Indien en Smoking » d´Antoine Campo, musique de Villa-Lobos, au Conservatoire de Montreuil, rôle de Yara en 2000 ; « Los Sobrinos del Capitan Grant » adaptation de Jules Verne, mise en scène par Paco Mir au Théâtre de la Zarzuela à Madrid, rôle de la princesse Maori en 2001/2002/2003/2004/2006 ; Opéra-jazz de José Rivera & Laurent Cugny «La Tectonique des Nuages», mise en espace par François Rancillac au Théâtre de La Ville (Paris) & Festival Jazz à Vienne, rôle de Celestina del Sol en 2007-2008-2009. On la retrouve également dans « Hasards ou Coïncidences » de Claude LELOUCH.
Seulement voilà, le démon du jazz est le lieu où mon expression personnelle prend toute son ampleur. C´est donc en vocaliste et leader d´un quintet que j’affirme ma musique aujourd´hui avec deux albums. « Look at me now ! » est donc une injonction pressée par un besoin artistique, celui qui me pousse à écrire de nombreux textes sur des thèmes inédits au chant. C´est ainsi que l´on rencontre dans mon répertoire Wayne Shorter ou Joe Henderson, ou des compositeurs contemporains comme Nicolas Payton. Je reviens cette année avec un album « Misery » Hommage à Billie Holiday, au travers duquel renaît l’une des plus grandes chanteuses de jazz de tous les temps, Billie Holiday, dont on célèbrera le cinquantenaire de sa disparition en 2009. Me réappropriant quelques mélodies sublimes chantées par Lady Day, et en y ajoutant ma touche singulière, Je dis la priorité et la profondeur de mon attachement au jazz. Là où la mode dicte de tourner le dos au jazz “classique” pour faire neuf, je préfère me le réapproprier, ajoutant ma touche singulière.


– Quels sont vos projets d’avenir ?
Porter et présenter ce bébé sur scène et faire partager ses pas avec les personnes qui seront là. En résumé, voir évoluer ce bébé.

– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?
Faire ce que l’on sent et non pas ce que les autres aimeraient que nous fassions. On se perd sinon.

– Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?
Je ne connais malheureusement pas suffisament leur situation mais je sens que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour que la Femme soit considéré à l’égal de l’homme comme il se doit. La Femme est une Mère potentielle. Tout être humain est né d’une Femme. Ce point d’origine, la Mère, conditionne tout le reste.

– Votre avis sur lamarocaine.com ?
Que du bien. En relation avec la question ci-dessus, nous sommes en route…

– Dernier mot
Une histoire très ancienne raconte qu’un sage pouvait répondre à toutes les questions. L’un de ses disciples décida de le piéger. Le disciple attrapa un papillon et le tint dans son poing. Il vint trouver le sage et lui dit : « qu’y a-t-il dans ma main ? un papillon vivant, ou un papillon mort ? » S’il dit vivant, pensait le disciple, je l’écraserai, et s’il dit mort, j’ouvrirai la main et laisserai le papillon révéler l’échec du sage aux yeux du monde. Mais le sage le regarda dans les yeux et dit : « tout est entre tes mains ».

Un avenir de vie ou de mort ? Des enfants avec de l’espoir ou du désespoir ? Une nation palestinienne respectée ou méprisée ? Tout est entre vos mains. Je suis solidaire de la Palestine. Le dernier de mes enfants porte deux prénoms. Un palestien et un hébreu : Naël et Chaï.


Par : Aziz HARCHA

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