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La violence à l’égard de la femme, une question toujours d’actualité brûlante

Qu’en est-il aujourd’hui de la situation de la femme dans le monde après tant de décennies de soumission et de violations de ses droits?
Les chartes internationales et les lois suffiront-elles à lui assurer la protection nécessaire ? Et enfin, y a-t-il moyen de lutter contre la violence conjugale ? Autant de questions lancinantes qui viennent à l’esprit en ce 25 novembre, Journée mondiale de lutte contre la violence à l’égard de la femme.
Des questions qui restent toujours d’une actualité brûlante au vu de la recrudescence dans le monde de la violence contre la femme et d’autres formes de discrimination et d’humiliation dont ni les chartes internationales ni les campagnes de sensibilisation n’ont pu réduire l’ampleur. Néanmoins, il reste toujours cet acquis de taille : la violence à l’égard de la femme a été reconnue au plus haut niveau comme une violation des droits fondamentaux des femmes lors de la Conférence internationale des droits de l’homme de Vienne en1993.
Pour faire barrage à ce phénomène d’un autre âge, le Maroc s’est inscrit depuis des années déjà dans une dynamique visant à faire de la femme l’égal de l’homme. En plus de la ratification d’une panoplie de conventions internationales interdisant la discrimination et la violence à l’égard de la femme, notre pays a élaboré des stratégies de proximité pour lutter contre toutes les attitudes attentatoires à la dignité et à l’intégrité physique de la femme. La condition de la femme s’en est trouvée ostensiblement améliorée. Une amélioration à laquelle a contribué une soixantaine d’associations qui ont pu, avec acharnement et persévérance, briser le silence et fait tomber les tabous qui avilissaient le statut de la femme.
Mais le plus important acquis en faveur de la femme, salué en son temps comme une véritable révolution sociale, fut sans conteste l’adoption du Code la famille qui a, à juste titre, remis les pendules à l’heure en consacrant les droits de la femme et en lui assurant une protection effective contre l’arbitraire et la violence.
Pour autant, les femmes au Maroc ne sont pas encore à l’abri de la violence conjugale, comme en témoigne une enquête réalisée entre 2000 et 2003 à l’initiative notamment de la Ligue Démocratique des Droits de la Femme.
L’enquête qui révèle en effet que60 pc des cas de violence s’exercent contre des femmes mariées âgées de 20 à 49ans et 59,8 pc sont la conséquence de conflits sur la pension, la garde des enfantset le divorce.
Autre indicateur de la persistance de la violence sous le toit conjugal : les multiples plaintes enregistrées par les centres d’écoute et d’orientation juridique et de soutien psychologique pour femmes victimes de violence, basés dans les grandes villes du pays. Dans ces centres au nombre de 23, la violence physique à l’égarddes femmes figure sinistrement en haut du tableau.
Evoquant le sujet, Mme Aïcha Lkhmass, directrice de l’un de ces centres à Casablanca, ne peut s’empêcher de crier sa colère et son indignation au vu de la cruauté et la perversité de certains maris qui violentent leurs femmes.
Chiffres à l’appui, elle indique que son centre a enregistré durant les six premiers mois de l’année écoulée 489 plaintes dont 103 pour agression physique grave, 96 pour manquement à la pension alimentaire et abandon du foyer, 62 pour sévices psychologiques, 51 pour harcèlement sexuel, 20 pour viol et 45 cas de femmes chassées de leur foyer.
A l’appui de ces chiffres, il ressort que la violence conjugale reste toujours inquiétante. Une autre étude, réalisée en 2003 par la sociologue Latefa Jouhir sur les violences conjugales au Maroc, sur la base de 20 témoignages recueillis par l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes à Casablanca et le Centre d’écoute et d’orientation juridique et de soutien psychologique pour femmes victimes de violence, n’a d’ailleurs pas manqué d’exprimer cette inquiétude.
L’étude, qui a tenté, entre autres, de déterminer le profil socioculturel des plaignantes et d’identifier les pratiques violentes les plus courantes, révèle que la violence au sein de la famille représente la forme de violence la plus fréquente.
La victime est le plus souvent agressée par son mari, parfois par son beau-frère ou par sa belle-mère et rarement par son propre fils ou son beau-fils. Ces violences, qui vont de l’humiliation à l’extrême brutalité physique, s’exercent parfois dans l’indifférence des voisins qui y voient une  »affaire de couple ». Pire encore, la belle-famille encourage cette violence et appuie l’idée que la femme doit être  »éduquée » et corrigée pour bien accomplir son devoir d’épouse obéissante et docile.
Sur les causes directes de la violence conjugale, les rapports des Centres d’écoute et d’orientation juridique et de soutien psychologique pour femmes victimes de violence pointent l’alcoolisme, la drogue, les dépressions nerveuses des uns et la perversité des autres. Les rapports indiquent aussi que les auteurs de violence ne se comptent pas seulement parmi les hommes incultes, vivant dans une situation précaire ou encore ayant des antécédents judiciaires mais se trouvent même parmi les cadres et les gens de bonne société.
Devant ce phénomène endémique, il est donc urgent d’entourer la femme de toutes les protections. Il s’agit d’abord d’étoffer les structures d’accueil des femmes délaissées par leurs conjoints, puisque le Maroc ne compte malheureusement qu’un seul et unique Centre dédié à cette mission humanitaire, en l’occurrence, un Centre d’hébergement provisoire créé à Rabat par l’Union des Femmes du Maroc. Il s’agit aussi de renforcer les structures d’écoute et d’accompagnement psychologique des femmes maltraitées. Et pourquoi ne pas penser à la création d’un Fonds de soutien en leur faveur ? La sensibilisation sur le sujet, si elle est bien ciblée et soutenue, peut également contribuer au changement des mentalités en amenant les goujats d’entre les hommes à changer d’attitude envers leur deuxième moitié.
Dans ce noble dessein, le Maroc vit annuellement au rythme des campagnes de sensibilisation sur la violence à l’égard de la femme qui démarrent le jour de la célébration, le 25 novembre, de la Journée mondiale de lutte contre la violence à l’égard de la femme. Au final, il faut dire que l’amélioration de la condition de la femme reste encore un combat de tous les jours, et surtout l’affaire de tous, hommes et femmes, pouvoirs publics et société civile.

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