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Fatima Tarqi

Si elle était un mot, elle serait «création». Sa devise n’est autre que: «Rien ne se crée, tout se transforme».
Scrapeuse, dessinatrice, plasticienne, brodeuse et collectionneuse d’objets divers…
Fatima Tarqi est tout cela à la fois. De même, celle qui dirige une école primaire à la ville verte de Benslimane est également une incontournable de l’art floral. De plus, son bonhomme de chemin s’apparente à un véritable conte de fée. Au commencement étaient les collections: Vieilles roues orphelines jetées dans la rue, centenaires matelas hérités de mère en fille, anciennes tenues de cuisine dites «handiras», ou alors des mortiers et pilons datant de l’époque précoloniale… Ces objets-là sont à elle ce que le piano est au musicien, à en croire la magie de ses tableaux… Certainement, dire que cette quinquagénaire est plurivalente serait un doux euphémisme. En effet, depuis son plus jeune âge, celle que l’entourage se plaisait à qualifier de vedette vouait déjà un grand respect à tout ce qui est transformable. Véritable enchanteresse, elle métamorphosait si magnifiquement tout ce qui lui tombait entre les mains. «Depuis toute petite je me passionnais pour tout ce qui est collectionnable, le moindre petit caillou faisait mon bonheur. Je me souviens que mes mains étaient constamment occupées, à tâter les objets et à les contempler curieusement.
Je collectionnais des objets de tous genres: des tissus colorés, des poignées de sables, des bouteilles, et j’en passe. Je découpais alors les tissus pour en fabriquer des fleurs, et je donnais libre cours à mon imagination pour redonner une vie au reste…», se souvient-elle, non sans nostalgie. De fil en aiguille, sa collection devient de plus en plus importante et l’envie d’organiser une exposition d’art commence à lui effleurer l’esprit. Aujourd’hui, cette mère de deux chérubins a réussi, un tant soit peu, à réaliser le plus cher de ses songes. Car épaulée par les siens, elle n’y est pas allée par quatre chemins, confiante qu’elle est. Et soudain survient un tournant dans sa vie. En effet, en avril 2007, elle expose sa collection pour la première fois et ce, au grand dam des mauvaises langues qui ne croyaient pas en sa détermination. «Après plusieurs tentatives, j’ai pu gagner la confiance des personnes susceptibles de pouvoir m’aider. Je gagne ainsi celle du directeur de Dar Attakafa de la ville verte, Azzedine Laraki pour le nommer, et la lumière fut… » Lance-t-elle fièrement. A vrai dire, l’envie d’exposer n’était pas un besoin urgent pour elle. Cependant, si elle ne l’avait pas concrétisée, elle l’aurait énormément regrettée. A deux doigts de pleurer, elle affirme: «Je me souviens que ma sœur Mariam était la personne qui croyait le plus en mon talent.
L’envie de me voir épanouie dans mon domaine hantait son esprit. Toutefois, si je n’avais pas exposé en 2007, cela aurait été la faute de ma vie, car ma sœur a rendu l’âme juste après…» Après la mort de sa sœur, Fatima ne s’est pas arrêtée sur un si bon chemin. Bien au contraire, le désir de rendre hommage à la défunte ne fait que grandir dans son cœur, au point de devenir la raison pour laquelle elle vit. Recontactée par le directeur Azzedine Laraki, l’artiste voit naitre sa deuxième exposition et ce, la semaine passée. Ainsi, la fête de la femme lui aurait rendu hommage. C’est donc à Dar Ettakafa que paysages exotiques, tableaux floraux et scènes verdoyantes se côtoyaient harmonieusement. Ses scènes étaient si bien tracées qu’elles se confondaient avec des décors réels. A la vue de tant de réalisations, l’on ne peut que se confondre d’admiration et de stupéfaction. En effet, personne n’aurait prédestiné ces tissus hérités de mère en fille du côté de la famille de l’artiste à finir leurs jours dans des états pareils.
Celle dont le Credo est de donner une seconde vie à tout ce qui est mortel serait un exemple à suivre pour toutes les rêveuses dans l’âme. En outre, cette fée n’est pas pour autant, insensible à la nature. Eprise de la ville verte, l’environnement est une thématique récurrente dans ses œuvres d’art. Par ailleurs, si sa sœur défunte n’a pas pu assister à sa dernière exposition, Fatima dédie son succès à ses trois neveux, car c’est tout ce qui lui reste de sa sœur tant aimée. Aussi qu’à son mari, car sans lui, son amour et sa confiance en elle, les fruits de l’imagination de Fatima Tarqi ne seraient probablement pas sortis des limbes.
Une femme, une histoire
Originaire de Zäer, Fatima Tarqi tient plus que tout à ses rites. Comme il est de coutume dans ce coin du Maroc, les jeunes femmes, fraichement mariées, emplissent leurs trousseaux des caftans, handiras, écharpes et divers objets, offerts par leurs mères, tantes ou grands-mères.
Profitant de cette aubaine, Fatima jubilait dès la réception du moindre petit tissu. Aujourd’hui, des milliers d’objets hétéroclites, des tissus et autres tableaux exotiques semblent avoir vécu plusieurs âges chez cette dame de grand calibre.
Voici donc une de ces femmes qui savent en charmer plus d’un et ce, au grand dam de ceux qui les confinent à des rôles sociaux stéréotypés…

Source : Le Matin

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