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Des pseudo-amours à l’amour

Depuis quelques décennies, je remarque que l’amour est mal-aimé, qu’il est maltraité et même violenté par beaucoup d’humains ! Il me semble qu’on donne à l’amour une mission impossible, celle de restaurer tous les manques, de réparer toutes les blessures, de combler toutes les insuffisances et difficultés de la vie. Je sais qu’en affirmant cela je vais étonner, irriter et peut-être renforcer des résistances. Je crois surtout qu’il convient d’éviter de confondre les pseudo-amours avec l’Amour.

Quand je dis amour, je veux parler de l’amour amoureux, de celui que nous cherchons ou dont nous croyons être porteurs en tentant de l’offrir à l’un, à l’une, qui serait émerveillé(e) et comblé(e) de le recevoir. Et de qui nous attendons ou espérons un amour en réciprocité. C’est ce don d’amour qui me semble se raréfier. Car pour donner de l’amour, il ne suffit pas d’en avoir reçu, encore faut-il accepter de s’aimer. Non d’un amour narcissique, égocentrique, mais d’un amour fait d’estime de soi, de confiance en ses possibilités, de bienveillance à l’égard de la vie qui nous habite, de ferveur envers le divin qui est en chacun.

Cela veut-il dire que les hommes et les femmes d’aujourd’hui ne s’aiment pas suffisamment ? Je serais tenté de le croire. Quand on est trop dans la dépendance, dans la survie, dans la recherche d’un équilibre précaire, il est difficile de s’aimer, d’engranger suffisamment de positif pour avoir la possibilité d’offrir le meilleur de soi au meilleur de l’autre.

C’est ce qui se passe actuellement où les apparences d’un confort matériel, technologique,  » consommatoire « , masquent difficilement les angoisses, les interrogations et les souffrances du plus grand nombre. Tout n’est pas perdu bien sûr, tout n’est pas aussi catastrophique que mon propos peut le laisser entrevoir, si nous acceptons d’apprendre à aimer. Car l’amour est un ensemble de sentiments complexes, qui restent dominés par l’irrationnel, l’imprévisible, l’émerveillement, ou la souffrance et la désespérance.

Voici quelques points de repères pour se retrouver dans le maquis des sentiments amoureux.
Au tout début d’une vie amoureuse, nous rencontrons – et cela est difficilement avouable et acceptable – ce que j’appelle les pseudo-amours.

Amours de besoin : je lui dis  » Je t’aime  » et cela veut surtout dire  » Aime-moi « .
Amours de peur : je lui crie  » Je t’aime  » et cela veut dire  » Ne me quitte pas « .
Amours de manque : je lui murmure  » Je t’aime  » et cela veut dire  » Tu dois m’aimer comme ma mère aurait dû m’aimer, comme mon premier amour, celui qui m’a déçu, aurait dû m’aimer ».
Amours de consommation, dans lesquels j’aime surtout l’amour que l’autre a pour moi, dans lequel je me laisse aimer.
Amours de remplacement dans lesquels je donne à l’aimé(e) l’amour que je n’ai su donner à un(e) qui m’a quitté(e) ou que j’ai perdu(e).
Et aussi…
– Les amours écran qui masquent notre impuissance à aimer : quand je dis  » Je t’aime  » en sachant que cet amour est absent de sentiments.

Heureusement, il existe aussi des amours possibles. Mais pour atteindre un amour réel, de désir, oblatif, dans lequel nous ne sommes pas dans la demande ou le leurre, mais dans le don, il nous faudra grandir (je n’ose dire mûrir), apprendre l’autonomie affective, développer la capacité de s’engager, de s’allier, d’envisager un projet de vie en commun, de se projeter dans une création commune, d’envisager peut-être de donner la vie pour donner un sens plus durable à un tel amour…

A travers ces quelques balises, j’ai tenté de montrer qu’il est important de s’interroger d’une part sur la qualité de l’amour proposé et reçu, d’autre part sur sa viabilité en acceptant de nourrir cet amour par une relation de qualité dans laquelle chacun aura le sentiment de croître et de se respecter.

 

Jacques Salomé

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