Il y a, tout d'abord, celles pour qui l'amour n'a jamais été au rendez-vous. Pour diverses raisons, il fallait se marier, elles l'ont fait. Peut-être, pour certaines, croyaient-elles que l'amour allait venir ?
Et il y a celles qui ont aimé. Et puis, sans vraiment s'en rendre compte, l'amour a commencé à déserter leur couple. Est-ce arrivé subitement, comme un accès de fièvre inexpliqué ? Ou, petit à petit, jour après jour, une usure d'abord invisible, prolongée par une monotonie, une lassitude, a-t-elle laissé place à un vide total ?
Qui a dénoué l'enchantement ? Celui qui ne sait plus aimer ? Ou celui qui ne sait plus se faire aimer ? Souvent, l'un aime encore. L'autre n'aime plus. Le problème posé est alors celui de la rupture unilatérale du lien conjugal. Et en l'occurrence, ici, c'est la femme qui désinvestit affectivement son conjoint, tout en faisant le choix de rester avec lui. Pour certaines, cette situation engendre de la souffrance. La femme subit la relation en vivant alors dans le fantasme de quitter son mari le jour où les enfants seront grands. Et il y a celles qui en prennent l'habitude et somnolent dans le confort et la bonne conscience, tout en se disant qu'il ne faut pas trop exiger de la vie, et que finalement le plus important, c'est de rester ensemble. Elles ont accepté de vivre dans la médiocrité. Tout cela va bien sûr dépendre de la personnalité de la femme ainsi que de celle de l'époux, des conditions de vie sociale, et aussi des conditions pécuniaires, si la femme est indépendante financièrement ou pas. Et comme se plaît à dire notre spécialiste : " Quand on n'a pas le choix ou plutôt quand on a plusieurs mauvais choix, on choisit le moindre ! "
C'est ce qu'ont fait ces trois femmes. Des portraits vivants de femmes sympathiques et touchantes. Un miroir sur lequel tout le monde peut se pencher. En confession.
J'étais jeune, il m'impressionnait.
J'avais seize ans lorsque mon père est mort. Avec ma mère et ma sœur, on s'est retrouvées du jour au lendemain dans le dénuement le plus total. J'ai arrêté mes études, et j'ai trouvé un emploi de secrétaire dans une société. Grâce à mon travail, nous pouvions vivre décemment. J'étais assez sérieuse, ce qui m'a valu de rapidement évoluer au sein de l'entreprise. Très vite, j'ai été promue secrétaire du directeur financier. Pour moi, c'était LA promotion. Au début, j'appréhendais beaucoup. Je ne savais pas trop comment cela allait se passer avec mon nouveau patron. Et puis, finalement, j'ai découvert un homme doux, gentil. Il avait un faible pour moi, je l'ai tout de suite senti. J'avais dix-huit ans lorsque Rachid m'a demandée de devenir sa femme. Que pouvais-je raisonnablement espérer de mieux ? Trente ans, un bel avenir professionnel devant lui, et très amoureux de moi. Je n'ai pas hésité une seule seconde. Aujourd'hui, avec tout le recul, je sais que je ne l'aimais pas, c'était plutôt de l'affection, et peut-être un peu d'admiration. Deux ans après, notre fils est né. Il est devenu mon centre du monde, tout tournait autour de lui. Je vivais à son rythme. Rachid s'est révélé être un bon père.
Lorsque notre fils est entré à la crèche, je me suis remise à travailler. Quel bonheur de retrouver une vie active ! Entre le travail et mon rôle de mère, je ne voyais pas les jours défiler. Ma vie de couple ? Je n'en avais plus. Et honnêtement cela ne me manquait absolument pas. Je ne ressentais plus aucun désir pour mon mari. À l'époque, je croyais que cela était normal, qu'avec le petit on avait accompli notre mission. Comme si l'on se marie uniquement pour faire des enfants. En fait, j'ai appris à vivre sans désir.
La première fois que j'ai rencontré Hassan, nous étions chez des amis. Lui-même était marié. Cette rencontre a bouleversé ma vie. Quelque chose s'est réveillé en moi. Après cette soirée, Hassan était devenu une obsession. Il me hantait. Au début, j'ai refusé de me laisser guider par ce que je considérais comme une pulsion capricieuse et mystérieuse. J'ai étouffé mes sentiments en essayant de me rapprocher de mon mari. Mais je n'y arrivais pas. Et ce qui n'arrangea pas la situation, c'est que nous fréquentions de plus en plus une bande d'amis dont Hassan et sa femme faisaient partie. Hassan ressentait la même chose à mon égard. Et lui, contrairement à moi, a pris les devants. Avec lui, j'ai connu l'amour, le vrai. Nous sommes restés ensemble trois mois, et j'ai pris la décision de tout arrêter. Ça n'était pas faute d'amour, bien au contraire. Le fait est que cette relation me rendait encore plus malheureuse. Vivre dans le mensonge devenait insupportable, et puis il y avait mon petit que je n'aurais laissé pour rien au monde. Mon travail et mon fils ont repris une place très importante dans ma vie, et depuis, j'ai gardé une certaine amertume. J'ai souvent l'impression d'être passée à côté de ma vie !
L'avis du psy :
En se mariant, on construit un couple. Pour arriver à maturation, ce couple va passer par des crises qui sont un moyen majeur d'arriver à une certaine maturité de la relation conjugale. Quand l'enfant arrive, on constate que cet évènement, au lieu de les rapprocher, va les éloigner de plus en plus l'un de l'autre. De plus, le fait d'avoir une relation extra-conjugale, qui est facilitée par son jeune âge, va lui permettre de comparer le bonheur d'une relation sans routine avec la platitude de la relation conjugale imposée par la réalité du quotidien. Au bout du compte elle choisit de rester avec son mari. Le prétexte de l'enfant est mis en avant, ce qui peut-être vrai, mais pas suffisant. Lorsqu'il y a véritablement rupture conjugale, il n'y a plus aucune relation d'intimité dans le couple. Ce qui fait que l'on va haïr l'autre, on ne va plus le supporter. L'autre devient par sa présence même un stress majeur. Lorsque l'on est dans cette logique-là, on peut difficilement penser que l'on peut offrir à son enfant un environnement conjugal de qualité. En fait, sans obligatoirement s'en rendre compte, cette femme se donne bonne conscience en mettant en avant quelque chose de très noble à savoir : " j'ai sacrifié ma vie pour mes enfants. " C'est magnifique, sauf que ce n'est pas comme cela que ça fonctionne. Il y a d'autres raisons derrière, dont on n'a pas forcément conscience (contexte familial, situation financière…).
On est solidaires, complices mais il ne me désire plus.
Mon mari et moi, on se connaît depuis notre enfance. C'était un ami de mes frères. Déjà toute petite, je voulais me marier avec lui. À l'adolescence, il a commencé à me trouver intéressante. Lorsque j'ai eu dix-huit ans, on est sortis ensemble. Comme personne ne devait le savoir, on est devenus des pros des scénarios improvisés, des histoires rocambolesques. Nous étions partants pour toutes les magouilles possibles, dès que cela nous permettait de passer un petit moment ensemble, juste lui et moi ! À vingt-ans, j'étais mariée. Peu de temps après, je suis tombée enceinte. Nous avons eu une fille. Quand j'y repense, c'est à partir de là que les choses ont commencé à changer ! Je ne sais pas trop ce qui c'est passé…. Peut-être est-ce parce que j'étais désormais très occupée avec le bébé. C'est comme s'il profitait de la situation pour faire son programme. La semaine au travail, et le week-end à la chasse, à la pêche, au golf… Tout dépendait de la saison. J'ai essayé de le suivre, mais avec un, deux puis trois enfants, cela n'était pas évident du tout. J'étais de plus en plus malheureuse de ne pas pouvoir avoir une vie de famille normale avec un père présent. Pourtant, je l'aimais. Il disait m'aimer aussi, mais il avait besoin d'avoir ses moments à lui. En fait, souvent il me donnait l'impression de m'aimer comme on aime une sœur ou une mère. On s'était connus si jeunes. Avec les années qui passaient, les choses ne se sont pas arrangées. Il ne voyait plus en moi que la mère de ses enfants. La femme avait disparu. J'en ai beaucoup souffert, mais avec les années, je me suis fait une raison. Pourtant, j'aurais pu le quitter cent fois. Ma famille a largement les moyens de subvenir à mes besoins ainsi qu'à ceux de mes enfants. J'ai choisi de rester pour les petits qui avaient besoin d'un père pour grandir, et puis chez nous, on ne divorce pas.
L'avis du psy :
Ici aussi, il ne s'agit pas d'une véritable rupture. Il suffirait qu'il fasse un effort, mais il ne veut pas le faire.
La naissance d'un enfant n'est jamais anodine, elle va déterminer d'autres investissements. Des réajustements au niveau de la relation des époux doivent se faire, et cela est tout à fait normal. Ici la naissance des enfants a fait que des rééquilibrages ont dû s'opérer dans la vie du couple et cela s'est fait aux dépens de l'intimité conjugale. Elle a disparu, il n'y a plus rien entre eux. Certes, il y a peut-être encore des rapports sexuels, mais il n'y a plus d'intimité. L'investissement de l'intimité conjugale a disparu et la femme a dû s'adapter à la situation. Il y a eu une négociation qui s'est produit en elle, et elle a fait le choix de rester et de s'investir auprès de ses enfants. Elle garde une relation qui n'est pas bonne, mais elle se fait peut-être une raison en se disant qu'une relation conjugale ne peut pas être bonne chez tout le monde. Elle s'est fait une raison également en se disant que peut-être demain sera un autre jour…
J'avais une folle envie d'avoir un enfant.
À l'âge où l'on commence à s'intéresser aux garçons, moi j'étais enfouie dans mes livres. Les études ont toujours été la grande priorité dans ma vie. Par la suite, ce fût mon travail. Je m'investissais corps et âme. Il fallait que j'y arrive, et pour cela, j'y mettais toute mon énergie. Petit à petit, je voyais autour de moi mes copines se marier, fonder une famille. Moi, pendant ce temps, je gravissais les échelons professionnels. Ma famille, mes amis, dès que l'occasion se présentait, me faisaient remarquer qu'il serait peut-être temps pour moi de trouver quelqu'un. Cela m'amusait. Me marier ? Pour quoi faire ? D'abord, je n'avais pas de temps à consacrer à quelqu'un d'autre, ensuite, j'étais très bien comme cela. Je ne ressentais pas le besoin de rentrer dans ce moule, faire comme tout le monde. J'étais indépendante et jalouse de ma liberté. Il n'était pas question de la partager avec quelqu'un. J'ai bien eu quelques histoires dans ma vie. Mais aucune ne m'a jamais transcendée. Au début, c'est tout nouveau tout beau, et puis au bout d'un certain temps, la routine s'installe, on devient comme des automates. Quel ennui ! Seulement voilà, plus je prenais de l'âge et plus le désir de maternité devenait fort en moi. En ce qui me concerne, je le trouvais agréable, nous étions sur la même longueur d'ondes sur beaucoup de points. J'avais beaucoup d'affection pour lui. De son côté, je sais qu'il était amoureux de moi. Il me répétait sans cesse : " comment une fille comme toi a fait pour rester célibataire aussi longtemps ? " Six mois après, nous étions mariés. Aujourd'hui, nous avons deux enfants. Cela se passe plutôt bien entre nous, je n'exige rien de lui. Il m'a déjà donné ce que je voulais : j'ai mes enfants.
L'avis du psy :
Pour ce couple, il n'y a rien de construit, il n'y a jamais eu d'intimité conjugale. Donc, à partir de là, il ne peut pas y avoir de rupture. C'est une relation où l'on utilise l'autre pour arriver à obtenir ce que l'on veut dans la légalité. Cette union s'est mise en place à des fins bien spécifiques, que seule la femme connaissait et où l'autre a été manipulé. C'est dommage d'être dans ce type de relation, car à partir du moment où l'on ne part pas du principe que l'on construit quelque chose, on ne donne plus de possibilité au couple d'évoluer dans le bon sens. Et les chances déjà faibles que peut avoir un couple de se construire dans de bonnes conditions se retrouvent ici nulles. Cette femme a négocié un tournant dans sa vie, elle a fait avec, parce que si ce n'était pas lui, elle serait peut-être restée seule et elle n'aurait pas eu le temps d'avoir des enfants. Elle a certainement dû se dire : si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas, j'aurais quand même eu mes enfants.