La vidéo de l'actrice iranienne dévoilant sa poitrine a provoqué l'émoi dans la République islamique.
C'est un cliché qui enflamme la République islamique. Golshifteh Farahani, actrice iranienne de 29 ans, s'est attiré les foudres des ayatollahs après avoir posé nue dans Le Figaro Madame. Dans une vidéo intitulée Corps et âmes, la superstar iranienne, exilée en France depuis 2009, se déshabille aux côtés de trente autres acteurs nominés aux prochains Césars pour le prix du meilleur espoir. Mais, à la différence de ses collègues, Golshifteh Farahani se laisse aller à dévoiler un sein, avant de lancer un saisissant "de vos rêves, je serai la chair". Un message qui n'a pas été du goût des autorités de la République islamique, qui ont suggéré à l'actrice de ne plus remettre un pied dans le pays.
"J'ai été avertie par un responsable du ministère de la Culture et de la guidance islamique que l'Iran n'avait plus besoin d'acteurs et d'artistes", indique au Telegraph Golshifteh Farahani. Selon l'actrice, le responsable lui aurait alors signifié d'"offrir ses services artistiques ailleurs". Une interdiction qui n'est pas une nouveauté en soi. En 2008, l'actrice avait déjà "choqué" Téhéran, après être apparue, dévoilée, aux côtés de Leonardo DiCaprio et de Russell Crowe, à l'avant-première de la superproduction hollywoodienne Mensonges d'État. Plus embarrassant pour la République islamique, la jeune Iranienne a activement soutenu, depuis Paris, le mouvement vert d'opposition à la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad en 2009.
"Un chef-d'oeuvre" (Facebook)
Cette fois, c'est sur la Toile que la polémique a véritablement éclaté. Dès mercredi matin est apparu sur Facebook un cliché dévêtu de la belle Perse, se cachant cette fois les seins. Mais ce qui était tout d'abord vu comme un acte personnel et artistique a tout à coup pris une tournure politique. En dessous du cliché figurent en effet ces mots : "L'actrice iranienne Golshifteh Farahani brise un tabou pour la liberté d'expression et contre la censure en Iran. L'actrice iranienne lance un cri contre une société pleine de violence, de racisme, de harcèlement sexuel et d'hypocrisie.
Rapidement, le post fait le tour du Web. Sans surprise, les autorités de Téhéran condamnent, par l'intermédiaire de l'agence semi-officielle Fars News, la "publication sur Internet de photos de la déplorable Golshifteh Farahani, qui montre la face cachée et dégoûtante du cinéma". Mais les réactions les plus nombreuses viennent surtout de ses propres fans, d'Iran et de l'importante diaspora. Et elles sont contrastées. Armin Paafecebuk remercie, par exemple, profondément l'actrice : "Une Iranienne courageuse, en quête de liberté, qui fait notre fierté." De son côté, Pasha Asharain salue un "chef-d'oeuvre" : "On a enfin trouvé quelqu'un qui arrive à traduire par l'art les maux de notre société."
"Pornographie" (Facebook)
Mais un grand nombre de commentaires se sont révélés bien plus critiques. Seyed Amir Hossein Siahposhha se demande ainsi "si cela est vraiment ce dont (leur) pays a besoin et si tous les cris pour la liberté en Iran se résument à cet acte". Symbole des traditions toujours ancrées dans la société iranienne, toujours attachée à "l'honneur de ses femmes", certains internautes vont plus loin. C'est le cas de Mani Sofiani, qui demande si "ceux qui sont d'accord avec ce cliché et saluent le courage de l'actrice sont prêts à voir leur mère et leur soeur se mettre à nu à leur tour en signe de protestation". Sina Solaimanpour va jusqu'à comparer Golshifteh Farahani à l'actrice porno irano-norvégienne Aylar Dianati. Estimant que le cliché en question pourrait porter atteinte à la carrière de la superstar, certains se demandent même si celui-ci n'est pas un montage visant à la discréditer.
Pour la sociologue et spécialiste de l'Iran Azadeh Kian*, "Golshifteh Farahani fait ce qu'elle veut de son corps, notamment dans un État de droit comme la France. Mais si le message s'inscrit dans un cadre politique, il ne sert pas la cause des femmes en Iran." Ainsi, pour la chercheuse, ce cliché ne fait qu'apporter de l'eau au moulin des mollahs iraniens, qui pourraient s'en servir pour justifier "leurs politiques moralisatrices". En d'autres termes, si les femmes refusent de mettre leur voile, c'est parce qu'elles voudraient être nues aux yeux de tous.
Le précédent égyptien
L'actrice iranienne n'est pas la première musulmane à agir de la sorte. En novembre dernier, la militante égyptienne Alia Almahdy s'était affichée en tenue d'Ève sur son blog pour combattre l'obscurantisme dans son pays. "Le problème, relève Azadeh Kian, c'est que les militantes pour les droits de la femme, qui se battent pour des questions autrement plus importantes que le voile, risquent de se retrouver discréditées par ce geste." Même si elles sont majoritaires à l'université, les Iraniennes sont toujours victimes d'atteintes à leurs droits fondamentaux. L'âge de la majorité pour les femmes est toujours bloqué à neuf ans (contre seize pour les hommes), leur témoignage dans un tribunal vaut moitié moins que celui d'un Iranien, et le "prix du sang", l'indemnisation que le responsable d'un meurtre doit payer à la famille d'une victime, est divisé par deux s'il s'agit d'une femme.
Et lutter contre ces discriminations peut conduire tout droit en prison. Mercredi, trois journalistes iraniennes, ferventes défenseurs des droits de la femme, ont été arrêtées pour avoir revendiqué l'égalité entre les deux sexes.




















































































































