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Femmes Inspirantes 07 nov. 2026 10 min de lecture

Fedwa Misk : de Qandisha au roman graphique sur l'IVG au Maroc

Médecin devenue journaliste, elle a fondé le webzine féministe Qandisha en 2011, puis écrit la pièce Nos mères et le roman graphique Des femmes guettant l'annonce.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Fedwa Misk : de Qandisha au roman graphique sur l'IVG au Maroc
📅 Dernière mise à jour : 7 novembre 2026

Fedwa Misk est une autrice, journaliste, scénariste et militante féministe marocaine. Médecin de formation, elle commence sa carrière comme pigiste pour de nombreux journaux marocains et étrangers, puis choisit la voie de l'indépendance : fin 2011, elle lance Qandisha, un webzine collaboratif féminin et féministe qui donne la parole à toute femme souhaitant écrire en français, en arabe ou en anglais. Quinze ans plus tard, le même nom ouvre une carrière d'autrice de théâtre, de bande dessinée et de scénariste pour la télévision marocaine.

De la rédaction de Casablanca aux plateaux de 2M, en passant par les festivals d'Amsterdam et les tribunes de l'UNESCO, son parcours raconte une trajectoire singulière : celle d'une médecine qui abandonne le stéthoscope pour la plume, sans jamais cesser d'écrire depuis le terrain des femmes marocaines.

Entre le webzine qui dérange, la pièce qui interroge la relation mère-fille et le roman graphique sur l'IVG, Fedwa Misk occupe une place à part dans la culture marocaine contemporaine : celle d'une voix qui refuse les sujets faciles et préfère les questions que personne ne veut poser.

Origines et formation

Wikipédia ouvre la biographie de Fedwa Misk par une précision qui explique tout le reste : elle est médecin de formation. Après ses études de médecine, elle ne s'installe pas pour autant dans un cabinet : elle devient pigiste pour de nombreux journaux marocains et étrangers, c'est-à-dire cette figure précaire mais libre du journalisme qui enchaîne les collaborations sans appartenir à une rédaction. C'est le premier basculement, celui d'une pratique du soin qui se transforme en pratique de l'enquête.

Le second vient en 2011. Elle participe aux manifestations du Mouvement du 20 février, mené par la jeunesse marocaine pendant le printemps arabe pour dénoncer la corruption, le manque de libertés et de perspectives, ainsi que les injustices du régime. Ce qu'elle retient de ces journées est très concret : certaines femmes manifestent séparément des hommes. Elle est frappée de voir cette ségrégation spontanée et décide d'agir pour l'éviter — une décision qui deviendra un média.

Parallèlement, elle anime un café littéraire à Casablanca et blogue depuis de nombreuses années. Ce double ancrage — la parole en direct dans un lieu, l'écriture régulière en ligne — constitue sa formation réelle de journaliste d'opinion. Rien, dans les sources consultées, ne précise sa date de naissance ou son lieu de naissance : il serait inventé de les lui attribuer.

Ce qui est documenté, c'est la manière dont ce bagage circule. L'entretien accordé à l'Institut européen de la Méditerranée (IEMed) la présente comme « médecin de formation » devenue journaliste, blogueuse et animatrice de café littéraire, avant de souligner sa première pièce, Nos mères, écrite sur ce que le féminisme met en tension entre mère et fille. Les éditions Sarbacane, qui publient son roman graphique, répètent la même trame : une formation en médecine, une activité de pigiste, une animation de cafés littéraires, puis la création de Qandisha en 2011.

Parcours professionnel

Tout commence donc par Qandisha, lancé fin 2011. Le webzine donne la tribune à une dizaine de figures féminines de la presse, des blogs et de la littérature marocaine, et ouvre ses colonnes à toute femme qui souhaite proposer un article en français, en arabe ou en anglais. Au départ composé d'une vingtaine d'autrices, le collectif grossit rapidement : après un an d'existence, Fedwa Misk note dans un billet anniversaire que ce sont 80 collaboratrices et quelques dizaines de contributeurs qui ont participé à l'expérience, issus de milieux et d'horizons différents.

Le nom n'est pas décoratif. Qandisha renvoie à Aïcha Qandisha, figure féminine mystérieuse au charme ensorceleur, une femme libre mais redoutable, capable de mener l'homme à sa perdition. Le site affirme vouloir lutter contre cette représentation misogyne de la femme indépendante pour conférer au personnage une image positive. Courrier international, qui consacre une notule au média, précise que la ligne éditoriale traite culture, religion, santé, droit et économie, avec une rubrique « Le mâle a dit » réservée aux contributions masculines.

Le succès est immédiat et documenté. Le Journal International, dans un entretien publié le 1er juin 2013, rapporte que les premiers jours de Qandisha drainent près de 7 000 visiteurs uniques, que la page Facebook du média compte 50 % d'audience masculine et qu'un an plus tard la plateforme est alimentée par des dizaines de contributeurs. Contrairement aux magazines féminins conventionnels, Qandisha n'a ni rubrique cuisine, ni mode, ni beauté, ni people : c'est un magazine d'actualité et de débats, surnommé « MagazWine » par son équipe.

La liberté de ton crée régulièrement la polémique au Maroc, ce que Wikipédia relève explicitement. Mais l'expérience ouvre aussi des portes. En décembre 2013, Fedwa Misk intervient comme conférencière au Forum mondial genre et médias organisé par l'UNESCO à Bangkok ; en février 2019, elle participe au programme de conférences Aula Mediterrània de l'IEMed. D'octobre 2015 à septembre 2018, elle anime sur les ondes de radio 2M une émission littéraire hebdomadaire, Diwane, consacrée aux sorties littéraires. En octobre 2019, elle est commissaire de l'édition marocaine du Festival international de littérature d'Amsterdam « Read My World ».

Le passage à l'image de la fiction arrive plus tard. En mai 2024, la chaîne 2M diffuse la série Bnat Lyoum, dont le scénario et les dialogues sont écrits par Fedwa Misk. Depuis 2024, elle présente également la capsule culturelle De choses et d'autres sur Lematin.tv, selon sa fiche publiée par le festival Read My World, qui la décrit comme autrice, scénariste et journaliste ayant travaillé comme consultante en genre et en médias pour diverses institutions.

Réalisations et impact

La bibliographie tient en deux titres, mais deux titres qui comptent. En mars 2021, Fedwa Misk publie Nos mères aux éditions La Croisée des chemins, une pièce de théâtre finaliste du Prix Ivoire de la littérature africaine francophone. L'Opinion, qui signe un article le 10 avril 2021, résume le sujet : la pièce explore la maternité et les relations mère-fille. La pièce fait l'objet de rencontres publiques, dont une le 11 mars 2022 à l'Institut français d'Agadir, modérée par Zohra Makach, enseignante chercheure à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'université Ibn Zohr.

En avril 2024, elle publie chez Sarbacane Des femmes guettant l'annonce, un roman graphique portant sur l'IVG au Maroc, réalisé avec l'artiste et autrice Aude Massot. C'est, selon les éditions, sa première bande dessinée. Le livre est finaliste des prix du Festival de littérature jeunesse de Gaillac et du Prix Abracadabra de la librairie Combo à Roubaix. Traiter de l'interruption de grossesse dans l'espace public marocain, sous forme de fiction graphique, est exactement le type de sujet que Qandisha a habitué ses lectrices à aborder frontalement.

En février 2025, la trajectoire reçoit une consécration : le Collectif des femmes de Bruxelles lui décerne le prix « La voix des sans voix » à l'occasion du 45e anniversaire du Collectif, une récompense confirmée à la fois par Wikipédia et par la fiche Read My World. Ce prix récompense une parole qui, depuis quatorze ans, donne de la visibilité à des voix habituellement minorées.

L'impact se mesure aussi en institutions : le webzine a rendu familière l'idée qu'une rédaction puisse être ouverte à n'importe quelle lectrice désireuse d'écrire, en trois langues. Les tribunes internationales — UNESCO, IEMed, festival d'Amsterdam — ont ensuite installé la voix marocaine dans les débats mondiaux sur le genre et les médias, tandis que l'émission Diwane a relié pendant trois ans la scène littéraire marocaine à ses auditeurs.

Reste l'enseignement le plus direct : c'est une autrice qui écrit pour le théâtre, la bande dessinée et la télévision, sans jamais cloisonner les genres. Le même auteur qui signe une pièce finaliste d'un prix africain francophone peut écrire les dialogues d'une série de la télévision marocaine : c'est cette circulation qui donne à sa génération sa force.

Ce qu'on retient

Premier enseignement : l'indépendance éditoriale se construit tôt. Plutôt que d'attendre une place dans une rédaction, Fedwa Misk crée sa propre plateforme fin 2011, au moment même où le printemps arabe ouvre une fenêtre de parole. Un webzine collaboratif, gratuit, multilingue, sans rubrique de consommation : le média est pensé comme un outil, pas comme un produit.

Deuxième enseignement : le nom qu'on donne à un média porte sa politique. Aïcha Qandisha, figure ensorceleuse et redoutable, est retournée en symbole de femme libre. Le choix sémantique est un acte militante : il ne s'agit pas de raconter l'histoire d'un personnage, mais de changer le sens qu'on lui prête dans l'espace public.

Troisième enseignement : les formations les plus inattendues servent. Une médecine qui devient du journalisme, un café littéraire qui devient une rédaction, une expérience de pigiste qui devient une maison d'édition : Fedwa Misk illustre la mobilité des compétences dans la culture marocaine, là où les parcours linéaires sont la norme.

Enfin, son parcours rappelle que la littérature marocaine d'aujourd'hui se joue aussi dans les formats courts et les scénarios. Théâtre, bande dessinée, série télévisée, capsule culturelle : la même écriture passe d'un support à l'autre, avec constance sur le fond — les vies de femmes, leur corps, leurs choix — et adaptabilité sur la forme.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Qandisha ?

Qandisha est un webzine collaboratif féminin et féministe marocain lancé fin 2011 par Fedwa Misk. Il donne la tribune à une dizaine de figures de la presse, des blogs et de la littérature marocaines, et accueille tout article proposé en français, en arabe ou en anglais. Son nom renvoie à Aïcha Qandisha, figure mythologique marocaine dont le site veut retourner la charge misogyne.

Quelles ont été ses œuvres ?

Elle a publié la pièce de théâtre Nos mères en mars 2021 aux éditions La Croisée des chemins, finaliste du Prix Ivoire de la littérature africaine francophone, puis le roman graphique Des femmes guettant l'annonce en avril 2024 chez Sarbacane, avec Aude Massot, finaliste du Festival de littérature jeunesse de Gaillac et du Prix Abracadabra. Elle a signé le scénario et les dialogues de la série Bnat Lyoum, diffusée par 2M en 2024.

Quels prix et quelles fonctions a-t-elle reçus ?

En février 2025, elle reçoit le prix « La voix des sans voix » du Collectif des femmes de Bruxelles, à l'occasion du 45e anniversaire de cette structure. Elle a été commissaire de l'édition marocaine du festival « Read My World » à Amsterdam en octobre 2019, animatrice de l'émission littéraire Diwane sur radio 2M d'octobre 2015 à septembre 2018, et conférencière au Forum mondial genre et médias de l'UNESCO à Bangkok en décembre 2013.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Bahaa Trabelsi et Chourouk Hriech.

Sources : Wikipédia — Fedwa Misk · IEMed — Entretien avec Fedwa Misk · Éditions Sarbacane — Fedwa Misk · Courrier international — Qandisha (Casablanca) · Le Journal International — Qandisha, la libre parole marocaine · L'Opinion — Théâtre : Fedwa Misk et nos mères · Institut français d'Agadir — Fedwa Misk « Nos Mères » · Read My World — Fedwa Misk · Photo : Abdelhouaed Tajani, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

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À propos de l'auteure

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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

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