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Parcours d'une femme dans l'abîme

Orpheline depuis son jeune âge, cette jeune dame qu'on va appeler Saïda a été confiée à une famille casablancaise pour apprendre à faire les tâches ménagères. Dès l'âge de 8 ans, elle se met alors à faire les petites courses, la vaisselle et tout ce que son petit corps lui permet de faire. Tout alla pour le «bien» jusqu'à la mort de sa seule protectrice, sa grand-mère. Une mort subite qui va basculer la vie de cette adolescente.


Au sein de son travail de domestique, elle songe fréquemment à cette "autre vie", au bonheur de ses semblables et à la chance qu'elle pourrait avoir en dehors de la petite villa qui l'abrite. Jour après jour, ses rêves grandissent tandis qu'elle voit grandir les filles de ses employeurs. Pourquoi donc pas elle ? "Sur un coup de tête", elle décida de quitter le monde des bonnes vers un avenir qu'elle croyait meilleur. Saida, immigre alors en Espagne. Son talent de femme de ménage ne lui servira à rien durant ce voyage. Aussitôt arrivée, elle s'est retrouvée sur les trottoirs et bordels de l'Espagne. Malgré les tourmentes, elle croit que la chance lui sourit enfin. Mais loin s'en faut, le sort lui réserva un autre avenir.
A la place de l'argent, elle a eu une petite fille, qu'on appellerait «Maria» sous la demande de Saïda. Pis, les autorités espagnoles décident de l'expatrier au Maroc et de garder la petite Espagnole aussitôt qu'elles ont découvert sa maladie sexuellement transmissible. Ce choc psychologique ne sera pas sans dégât sur son état mental.

Un âpre retour
De retour au Maroc, ses malheurs ne feront que commencer. Selon la famille casablancaise qui l'a élevée, son état physique et mental se dégradait aussi vite que personne n'osait l'approcher. Saïda se refuge alors chez sa sœur à Hay Moulay Rachid. Seulement rien n'est gratuit, même l'hospitalité familiale. La sœur aînée de notre aventurière l'obligea non seulement à mendier mais aussi à ramener au moins 50 DH par jour. Impuissante de satisfaire les exigences de sa sœur, Saïda cherche accueil et stabilité chez sa deuxième sœur, une veuve qui habite seule à l'Oued el Maleh. Cette dernière ne sera pas plus hospitalière que celle de Hay Moulay Rachid. Trop souvent, elle lui répétait: "Tu dois participer aux frais du logement et de la nourriture". Une participation qui se résume à l'animation des soirées qui s'organisaient dans cette cabane de l'Oued El Maleh. Débute alors pour Saïda une vie difficile avec une famille qu'elle n'a connue qu'une fois grande. Elle sera obligée de faire tantôt la mendiante, tantôt la prostituée. Après des mois de souffrance, elle va partir avec l'un des inconnus qu'elle a rencontrés. Par "naïveté" ou par désespoir, elle s'aventure dans ce domaine jusqu'au jour où elle eut une autre Maria. Refusant de revivre le choc de l'Espagne, Saïda n'eut que la rue pour l'accueillir avec sa nouveau-née illégitime.

Une tentative échouée
Après deux ans de mendicité, elle revient chez la famille qui l'employait avec une somme de 50.000 DH. Selon cette mendiante, elle gagnait en moyenne 250 DH par jour grâce à sa petite fille. " Je m'installais avec ma Maria à côté du tribunal de la première instance. Je gagnais au moins 150 DH dans les jours stagnes", explique-t-elle.
Son attachement pour sa fille, qui est devenue un outil indispensable de travail, se renforça alors de plus en plus. Avec une "Sadaqa lillah" (de l'aumône pour Dieu), "Chi driham, papa, maman" (Une pièce), les passants et fonctionnaires donnaient jusqu'à 10 DH pour récompenser la sympathie de la petite mendiante coquine. L'affaire alla bien au degré qu'elle proposa à la famille qui l'a élevée le montant de 50.000 DH par an pour l'héberger avec sa fille à condition qu'elle parte mendier de 7 heures du matin à 7h du soir. Mais les deux mendiantes n'ont eu que l'ancien centre d'El Hank pour les accueillir. Raz-le-bol des vols, des abus et de la loi du plus fort dans ce centre de réinsertion sociale, Saïda s'échappe pour revivre le même cauchemar chez ses deux sœurs. Seulement cette fois, elle a un atout plus fort entre les mains.

Un sombre destin
Réconfortée par le génie de Maria dans le domaine de la mendicité, elle loue une chambre à Hay Moulay Rachid. Et pour optimiser les bénéfices, Saïda sait parfaitement rationaliser ses dépenses.
Cette mendiante par expérience fait le trajet à pied avec sa fillette jusqu'au tribunal. De surcroît, les deux mendiantes profitent du long chemin pour augmenter des bénéfices quotidiens nets de 150 DH. Cependant, elles ne gaspillaient rien de cette somme, ni transport, ni TVA, même leurs repas provenait de la charité.
Les affaires allaient pour le mieux jusqu'au jour où l'on change la porte principale du tribunal.

Selon Saïda, il n'était plus question pour sa fille de suivre les cœurs charitables à côté du consulat de la France. Les jours passaient et les revenus se sont amoindris. Saïda se dit alors contrainte de donner une petite sœur à Maria. Il était peut être temps, puisque cette dernière devait aller à l'école. De plus, une fois grande, la petite mendiante ne trouva plus son activité aussi amusante qu'avant. "Maria n'a pas pu supporter les insultes et médisances des voisins", indique la maman. Chose certaine, Saïda peut tout tolérer sauf qu'on maltraite sa petite. Elle a alors songé à changer de logement. Un nouveau quartier, une nouvelle fille mais la même vie de mendiantes.
Malheureusement, la vie n'a pas été clémente avec Saïda. Malgré sa bonne volonté d'améliorer l'avenir de ses enfants, le destin et la loi de la rue étaient plus forts qu'elle. Aujourd'hui, son état psychologique s'est dégradé. Elle ne se souvient plus de grandes choses. Durant la dernière rencontre, elle avait le crâne rasé. Elle répétait une seule phrase : «On m'a pris ma fille».




Principaux évènements

Employée de maison à l'âge de 8 ans
Fugue vers l'Espagne
Première grossesse illégitime
Retour solitaire au Maroc
Malaise psychologique
Mendicité Prostitution
Deuxième grossesse illégitime
Retour à la mendicité
Un essai de vie stable
Troisième grossesse illégitime
Disparition des enfants
Dégradation de l'état psychologique

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