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Hindi Zahra: une voix aux mille et une cordes

zahra hindi Hindi Zahra, ce sont 16 ans de scène, à travers des dizaines de festivals et un premier album, Handmade, sorti en janvier 2010. A 30 ans, la chanteuse marocaine éclate au monde et livre une musique multiculturelle de bonne facture.



Elle s’inscrit volontiers dans la droite lignée des Polly Jean Harvey et Björk. Un mélange de profondeur et de vécu qui fait d’elle presque le pendant masculin d’un Manu Chao. Hindi Zahra affiche son interculturalité dans un monde de clivages et se joue des repères préétablis. Quand on lui pose la question de ses origines, elle répond sans ambages: «Berbère née au Maroc». Tout un programme qui fait que la chanteuse aligne les langues dans un registre qui va de l’amazigh à l’anglais en passant par le français et d’autres dialectes. Le tout dans un assemblage chanté qui fait fondre les frontières culturelles.

Un entourage propice à l’art
Pour son premier album, où les tonalités multiples s’entrechoquent, Zahra s’explique: «J’avais envie de mettre en valeur la langue berbère, mais pas de faire tout l’album en berbère. Je ne suis pas une “raïssa”, une chanteuse traditionnelle. J’ai d’autres cultures en moi et je veux pouvoir toutes les exprimer. Mais je prépare d’autres chansons en berbère, qui est la langue de mes origines, celle dans laquelle j’ai grandi.»
Et l’entourage où Zahra a grandi était propice à l’art. Excepté le père, militaire, toute la famille flirte avec le chant et la scène. Une mère au foyer, comédienne à ses heures et chanteuse reconnue au village, et des oncles musiciens, branchés par la scène post-psychédélique du Maroc d’alors. Elle grandit ainsi, à l’écoute des divas du raï et du châabi, découvre Oum Kaltoum, se prend d’amour pour le blues du sable d’Ali Farka Touré et de la folk sensuelle d’Ismaël Lo. Que de la musique enracinée, gorgée de vécu et propice aux ouvertures sur d’autres sonorités. Et c’est cette brèche qu’elle se crée quand elle rejoint son père à Paris. Très vite, elle quitte l’école et dégote son premier boulot à 18 ans au Louvre. Ce qu’on appelle le destin. «J’ai rencontré l’art. J’étais une enfant contemplative avec la nature. Les tableaux me procuraient la même sensation.» L’art trouve en elle son expression. Zahra change, grandit, franchit un cap.

Balade dans les affres de l’amour
Zahra n’est plus une adolescente, mais une femme qui veut faire son sillon aussi profond que ses racines. «Le son a toujours nourri mon imaginaire.» Elle se met à écrire et à composer sa musique, inspirée et nourrie. «Pour la musique, je peux travailler très dur et très longtemps.» Avant de passer devant le micro, celle qui apprécie «le groove afro-américain», Aretha Franklin, James Brown, 2Pac, et autre Tribe Called Quest en particulier, a appris le métier derrière les autres, en choriste soul teintée de hip hop. «Les machines et les boucles m’ont vite lassée, mais ça m’a permis de savoir ce que je voulais.» La voie royale est tracée.
L’autodidacte de la musique griffonne une cinquantaine de titres en un an. Elle en extrait deux perles. Our Soul sonne comme un chant pour les origines. “Notre esprit” en anglais prend vite des allures de manifeste. Zahra y évoque les rêves déchus d’une fille promise au mariage. Thème classique, mais jamais traité en musique. Suit alors le beau Beautiful Tango, belle balade dans les affres de l’amour.

Retour aux sources
Un titre culte qui impose Zahra en icône de la scène moderne en France. «J’étais sûre de cette petite musique et soulagée que cette mélodie arrive enfin avec son écrin de mots naturellement.» Le morceau-titre est applaudi par The Wire, le mensuel de référence des musiques exigeantes Outre-Manche qui décèle en elle la digne héritière de Billie Holiday. «Le jazz, c’est le seul endroit où j’ai pu reconnaître des notes de chez moi. Le jazz, c’est la liberté de créer.C’est une grande école.»
On se rend aussi compte que la musique jouée et chantée par Zahra ne ressemble à rien de ce qui se fait dans la musique ambiante. On découvre une chanteuse habitée par la terre, concernée par le monde et la vie, engagée sans le dire dans un retour aux origines. De cent titres, elle choisit une dizaine et édite un premier opus tranchant. Zahra est une grande chanteuse. Elle ne sera jamais Kylie Minogue. Cela ne l’intéresse pas. Mais elle perpétuera la grâce livrée par ces troubadours qui matérialisent en mots et sonorités leurs ethnies et leurs cultures. «J’écris un texte; je vais jouer un riff, j’enregistre les guitares et éléments rythmiques. Et après je pose et j’ajuste les mots.» Et on trouve des bribes de Farka Touré, du Blues angoissé passé à la moulinette berbère, un mélange d’instruments arabes, andalous et européens, pour l’une des plus belles créations mélodiques de l’année. Le reste de l’album oscille entre plusieurs univers créant toujours le sien propre. Zahra fait son chemin plus près de l’authenticité. Celle dont parlent ses textes, des histoires «d’amour, toujours» mais aussi la vie des gens, «tout simplement».

Perle rare
L’alliance hautement improbable entre des textes puissants et une musique qui ne l’est pas moins fait de cet album une perle rare. C’est avec délice qu’on navigue dans l’univers aquatique de Zahra Hindi, un univers aux émotions fluctuantes et communicatives. Une voix acidulée, lascive, qui flotte sur les arythmies de son coeur berbère et de mélodies hors temps; il faut être sacrément amoureux des beaux textes pour savourer la quintessence d’une musique qui va à l’essentiel. Sans lourdeur, avec une légèreté innée, Handmade se fait devant nous, au fil des notes. Et voilà que la petite Zahra aux origines, à la fois touareg et kabyle, qui a grandi à Khouribga, nous offre ses guitares sèches, chante des bribes de vie éparpillées entre la France, l’Andalousie, l’Orient, les Etats-Unis. Ce qu’on nomme un destin universel.

 

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